Théâtre Roublot
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L'affiche du festival
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Aurélie Guilleret et Vincent Menu

La culture subventionnée n'a pas la cote, chez les décideurs. On parle de rationalisation, de contrats d'objectifs. On montre du doigt ( "Faut-il encore financer le théâtre public ?" > , in Le Figaro Magazine du 14/12/07) le "Théâtreux" dilapidant l'argent du contribuable dans des projets compris de lui seul, coupé des réalités du vrai monde. Partout en France, pourtant, grâce à l'argent de l'état et, de plus en plus, des collectivités locales, existent des programmes remarquables, menés par des équipes de grande expertise, et qu'on aurait du mal à réduire à de simples équations. Si nous avons choisi de nous arrêter sur l'action de Très Tôt Théâtre, c'est qu'elle nous paraît exemplaire de ce que le "subventionné", n'en déplaise aux as de la calculette, peut produire. Mais elle est loin, très loin d'être unique.

Le cliché du Breton à tête dure a déjà bien servi. On ne vous fera pas l’injure de vous le resservir à nouveau. Pourtant, l’histoire de Très tôt Théâtre, lieu de rencontres et théâtre sans lieu, expérience atypique et très vivace de création jeune-public et de diffusion à l’échelle d’un département, relève, indiscutablement, de l’opiniatreté. Une première analyse du phénomène attacherait, d’ailleurs avec justesse, ce succès à un personnage rond et avenant, le lutin Jean-Claude Paréja, directeur artistique, et à son caractère trempé dans le granit, qui le pousse à arpenter, infatigable, la lande, pour y semer, entre les genêts, envies et, pour reprendre ses termes, «rendez-vous avec le plaisir». Quels que soient les traits du folklore local, c’est, un peu, l’histoire commune à la plupart des structures et festivals du spectacle vivant : peu de moyens et beaucoup d’obstination.

Mais il y a une dynamique particulière à Très Tôt Théâtre, et à son prolongement, le festival Théâtre à Tout Age, qui réside avant tout dans la qualité de ses partenariats, en constante évolution, on le verra, avec une multitude d’intervenants et de structures locales. Et des signes: des relations «vivables» avec les tutelles et les partenaires économiques, une situation au cœur de la création contemporaine, et un succès public indiscutable. Soient une accumulation d’expériences et des pratiques qui méritent qu’on s’y arrête.

«En premier lieu, c’est un travail de longue haleine: on a vingt ans de recul», fait observer Jean-Claude Paréja. En amont de Très Tôt Théâtre, né en 2000, il y a, en effet, la MJC de Kerfeunteun, à Quimper. “On y pratiquait le même travail qu’aujourd’hui, avec les mêmes exigences de qualité de programmation.” Présent parmi les fondateurs du Chaînon manquant, fédération d'acteurs socio-culturels très impliquée dans l'accompagnement des publics sur les “territoires” locaux, il explore les méthodes de travail en réseau qui seront à la base des futures réalisations de l'association. La nature fédératrice du spectacle jeune public joue en sa faveur. “Les politiques nous reçoivent facilement. Ils disent: “Ah oui, c'est pour les gosses!” Cela nous a permis aussi de faire travailler ensemble des associations de tous les horizons : l'Amicale des pompiers, le Secours populaire, le Secours catholique, des instits, l'Iufm, les hôpitaux...”

En 2000, à la faveur d'un changement de majorité, Très tôt théâtre se crée et obtient du Conseil général la charge de “Développer le spectacle de qualité dès le plus jeune âge” à travers le département.“On m'a dit : tu as 15 jours pour faire passer ton projet. Je connaissais un ou deux conseillers généraux, évidemment. Mais c'est surtout le moment où tout le travail qu'on avait fourni à la MJC à été reconnu.” Cette mission comprend l'organisation d'une saison théâtrale jeune-public à Quimper, le soutien à la création à travers des co-productions et l'organisation de partenariats locaux pour accueillir des artistes en résidence, des projets de sensibilisation et d'accompagnement des publics dans les écoles ou pour les familles, et l'animation d'un réseau départmental qui ne comporte pas moins de 60 partenaires. En 2002, a lieu le premier festival Théâtre à tout âge, d'abord uniquement à Quimper, puis, dès l'édition suivante, avec “tous les membres du réseau désireux de partager cette aventure”.

“On a commencé avec trois permanents. Aujourd'hui nous sommes dix, mais nous n'avons pas de grosse équipe technique”, affirme Jean-Claude Paréja. L'une des caractéristiques de l'ensemble Très-tôt théâtre / Festival Théâtre à Tout âge est, en effet, de ne pas posséder, ou gérer, de salle. Cette absence n'a pas seulement pour effet de réduire largement les frais structurels: “Ne pas être enfermé dans un théâtre est une valeur positive. Cela nous oblige à être plus près du public”. Cela autorise, également, l'existence d'une maison comprenant trois chambres, pour y recevoir des artistes en phase d'écriture, confiés aux bons soins d'une “maitresse de maison” faisant partie de l'équipe permanente. “C'était écrit dans le projet”. Sous la direction de Jean-Claude Pareja et de Bernard Le Noac’h, directeur administratif, la plupart des autres salariés remplissent, à un titre ou un autre, des fonctions de médiation culturelle et de communication : l'animation du réseau et les relations avec les multiples partenaires entraînent “un fonctionnement atypique”, selon Géraldine Gambillon, Coordinatrice du réseau départemental.

“Le réseau comprend environ 60 partenaires, dont 28 communes, dont certaines sont importantes, et d'autres très peu peuplées et plutôt isolées en Bretagne-centre”, détaille Géraldine Gambillon. “Les trois quart sont actifs, c'est-à-dire qu'ils organisent 3 ou 4 spectacles par an. Mises à part celles qui viennent à Quimper, les compagnies signent leurs contrats directement avec les communes ou les structures qui les accueillent pour leurs projets ou en résidence.” Car, pour Jean-Claude Pareja, l'essentiel est là: “On cadre et on forme les gens, on ne se met pas à leur place. On a commencé par faire des formations techniques de base : la sécurité, comment déclarer un spectacle à la SACEM... Et puis, petit à petit, les gens se sont fait leur culture, ils ont pris de l'envergure.” Le rôle de Très Tôt Théâtre est alors de coordonner les actions et la communication générale, et d'offrir un appui technique là ou c'est nécessaire. “On est là pour accompagner les gens” insiste Géraldine Gambillon, pas pour tout faire à leur place. C'est la condition d'une pérennité de notre action”

L'étendue du réseau et la variété des intervenants implique une certaine exigence, revendiquée, dans l'organisation “Quand je présente la saison aux instits, explique Jean-Claude Paréja, je peux vous dire qu'ils sont à l'heure. Une grande réunion de réseau, c'est au moins 50 personnes autour de la table. On met les gens en face de leurs responsabilités. On les amène à approcher la dimension artistique de ce travail en tant que personne, et pas seulement en tant que professionnel. Ils deviennent porteurs de ce que nous-même avons fait auparavant.”

“Le fait d'être nous-même des organisateurs (de spectacles et du festival), nous apporte une proximité avec des préoccupations "terre à terre", locales”, ajoute Géraldine Gambillon.”On peut expérimenter des choses à Quimper, comme c'est, actuellement le cas avec Babycoulisses, offre de garde d'enfants pendant les spectacles, et après, en parler avec les autres. Cela favorise l'adaptation aux besoins locaux."

La Compagnie Tro-Heol, implantée depuis mai 2003 dans l'ancienne école du village de Quéménéven, offre un bon exemple de la capacité de Très-tôt théâtre à provoquer des rencontres fructueuses là où on ne les attendrait pas forcément. “Nous venions de la région parisienne”, explique Martial Anton, metteur en scène. Notre agent nous a dit que Jean-Claude cherchait des compagnies pour s'implanter dans le Finistère. On est venu voir, et on a décidé de rester dans ce lieu que nous avons nous-même choisi. Notre interlocuteur, c'est principalement la mairie de Quéménéven, qui nous loue nos locaux pour un prix très modique. La commune compte 1000 habitants, elle n'a pas de moyens financiers de faire beaucoup plus. Nous sommes là pour créer, et ils nous accordent leur confiance, nous avons une grande liberté quant à notre implantation sur leur territoire.” Cette résidence a permis à Tro-Heol de monter ARTIK (Lire la critique de ce spectacle >), puis, cette année, Le meunier hurlant (Lire la critique de ce spectacle >), en coproduction avec l'Arche de Bethoncourt, le Grand théâtre de Lorient et la CCAS, qui vient d'être créé, dans le cadre du festival Théâtre à Tout Age, à Châteaulin, puis au Quartz de Brest, membres du réseau.

Le festival, quant à lui, fédère toute l'action de l'année. C'est un moment de fête très important, qui permet à tous les acteurs impliqués, organisateurs, artistes, professionnels du jeune-public, journalistes, publics, représentants des collectivités, de se retrouver. Son édition de décembre 2007 à permis à 18 spectacles de toutes les disciplines, dont cinq nés dans des résidences de création, de rencontrer leur public à travers toute la Cornouaille. 16 000 billets ont été vendus pour 32 000 demandes. Elle a, également, donné lieu à de multiples rencontres, choco-philo, sensiblilisations au polar, et autres visites de lieux de création. Et, contrairement aux idées reçues, il n'est pas tombé une goûte de pluie pendant que nous y menions notre reportage.


(1): sur le Chaînon manquant >: http://www.mideco.com/chainon/PDF/projet_politique_FNTAV.pdf


Très tôt théâtre est une association basée à Quimper, missionnée par le Conseil Général. Elle anime, à travers le département du Finistère, dans 28 communes de tailles diverses, un réseau de 60 structures et accueille des artistes en résidence, aussi bien à Quimper que dans les villes ou villages du réseau.

Tous les ans, elle organise le festival «Théâtre à tout âge», l’un des principaux événements «Jeune public» de la saison, et qui bénéficie d’une reconnaissance internationale. La dernière édition a eu lieu du 28 novembre au 23 décembre dernier. Elle a proposé 18 spectacles en salle (dont 9 créations), des «petites formes» à travers toute la pointe de la Bretagne, et des rencontres ouvertes au public, aux intervenants locaux et aux professionnels.

Budget: 2 à 300 000 euros

Jean-Claude Paréja : direction artistique
Bernard Le Noac’h : Direction administrative
Patricia Cosmao : Secrétariat et comptabilité
Géraldine Gambillon : Coordination du Réseau départemental
Dominique Le Déault : Responsable du secteur scolaire
Anna Ludosky : Assistante de médiation et secrétariat du secteur scolaire
Flore Bergougnoux : Billetterie et médiation scolaire
Amélie du Payrat : Communication et médiation familles
Céline Le Badezet : Médiation quartier de Kermoysan et journées professionnelles
Christine Le Roy-Hamza : Accueil et Billetterie
Jérémie Mocquard : Chargé des relations professionnelles
Sébastien Toulemont : Assistant de communication et Journées Professionnelles
Stéphane Le Roy : Régie technique
Sonia Grall : Aide régisseur
Vanessa petit : Régie générale du festival
Marianne Donat-Manuel : Maîtresse de maison