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© Camille Sultan, Cie pour ainsi dire

Le 28 avril, Philippe Dorin, Sylviane Fortuny, et la compagnie "Pour ainsi dire" recevaient le Molière 2008 du spectacle jeune-public pour "L'hiver, quatre chiens mordent mes pieds et mes mains".

Pour un auteur engagé depuis près de trente ans dans l'écriture pour le théâtre jeune-public, l'attribution d'un Molière revêt une signification qui dépasse la seule reconnaissance personnelle. Elle porte aussi l'espoir d'une ouverture pour une forme artistique toujours maintenue dans la minorité. Un espoir sans illusions excessives...

Philippe Dorin, vous avez reçu le Molière du spectacle jeune-public 2008, pour votre pièce « L’hiver, Quatre chiens mordent mes pieds et mes mains », mise en scène par Sylviane Fortuny. C’est une reconnaissance de votre travail, et aussi de la qualité de la pièce. Un Molière du spectacle jeune-public, qu’est-ce cela rapporte ?

  Avant de parler de ce que cela rapporte, je voudrais dire que ce qui nous a beaucoup touchés, c’est que ce n’est pas seulement ce spectacle, qui est récompensé, c’est aussi la démarche qui est la nôtre depuis plus de dix ans, et qui est un peu atypique. Cela nous a beaucoup rassuré, parce que, souvent, dans la création, une prime est donnée à la nouveauté. La nouveauté a quelque chose de fort dans la mesure où elle montre de nouveaux univers : elle prend les choses par le travers. Cela à tendance à cacher les choses qui se font dans la durée. Forcément, quand on fait un travail dans la durée, on est plus attendu, et il faut s’efforcer de recréer à chaque spectacle les conditions de l’inattendu. Ce qui nous fait plaisir, c’est qu’un jury de professionnels ait pu récompenser le travail d’une compagnie dans la durée.

Comment caractérisez-vous votre démarche ?

D’abord, notre compagnie est née d’une histoire d’amour entre Sylviane et moi!  Ensuite, c’est le va-et-vient entre l’écriture et les arts plastiques, la recherche scénographique. Sylviane dit « Ce qui m’intéresse, sur scène, c’est de recréer la page blanche du lecteur ». Il s’agit de mettre en valeur le fait que nous faisons un théâtre de texte, un théâtre de poésie. C’est « un travail de peu ».

Si il paraît audacieux de montrer cela aux enfants, c’est que, justement, tout ce qui est fait autour d'eux est du domaine du superlatif. Des excès de paroles, de couleurs, de musiques. Il n’y a guère la place pour le silence, pour une certaine forme de recueillement, qui est, aussi, quelque chose qu’on doit apprendre aux enfants, parce c’est de là que peuvent venir certaines émotions… qui font peur ! Parce que, souvent, les enfants ont peur du vide. Il sont en sur-activité, surbookés. Et il n’y a plus de place pour l’ennui, pour la vacuité. Il faut donc créer un espace pour essayer de faire naître des histoires, que l’enfant puisse aller lui-même les chercher.

Vous pensez que, autant, ou même plus que sur la forme, il y a des risques à prendre sur le sens des spectacles ?

Oui! J’étais très content, l’autre jour, en lisant une interview de Michel Vinaver, qui disait que, en substance, il ne sait pas où il va : il ne maîtrise pas le sens de ce qu’il dit. L’écrivain et l’acteur ne savent pas ce qu’ils racontent. Moi, je ne sais pas trop ce que je raconte aux enfants. La seule chose qui me guide, c’est qu’il faut que ce soit juste. Il faut qu’une scène arrive à se résoudre, et qu’elle soit juste dans l’écriture, dans le ton, dans le rythme. Et si elle est juste, alors je trouve qu’elle prend du sens, pour tout le monde, et, en particulier, pour les enfants.

Est ce qu’on peut, professionnellement, faire le choix d’être un auteur « Jeune-public » ?

Je ne l’ai pas choisi, donc je ne me pose pas la question. J’essaye d’être un écrivain à part entière, et ce que me permettent les enfants, c’est d’aller au bout de moi-même. Si j’avais affaire à des adultes, je crois que je n’essayerais pas d’aller au bout des histoires que je raconte. Cela veut dire que tout passe par des mots extrêmement simples et des situations extrêmement limpides. C’est cela, mon style. C’est parce que j’écris comme cela que je suis devenu un écrivain à part entière. Je ne me demande pas si j’écris pour des enfants, c’est juste comme une petite lampe allumée, qui m’oblige à aller encore plus loin.

Quel est le degré de liberté, artistique, mais, aussi, économique, dont vous disposez pour travailler, avant et depuis ce Molière du spectacle jeune-public ?

Nous avons toujours voulu travailler dans une grande liberté artistique, et c’est, beaucoup, Sylviane qui l’impulse. On cherche à être les premiers étonnés de ce que l’on va faire. Parce que, en étant les premiers à s’étonner, on peut étonner les autres. Donc, on essaye de se détacher de ce qu’on a déjà fait. Mais, en même temps, quand on possède un univers, il est toujours le même. Il faut, quand-même, à chaque fois, repartir de zéro.

Sur le plan économique, c’est très difficile. Et nous, nous avons encore la chance d’avoir énormément de compagnons, des théâtres qui co-produisent nos spectacles, pré-achètent des représentations. On peut faire nos créations dans de très bonnes conditions de travail, mais, pour faire fonctionner la compagnie, actuellement, c’est invivable. C’est-à-dire que, dès qu’on choisit des formes un peu ambitieuses, qui dépassent trois comédiens, on est complètement asphyxiés. Je ne sais pas ce que va rapporter ce Molière, on a pas mal de rendez-vous, mais je pense que la situation, un peu partout, est bouchée. Et ce que je disais à l’occasion de la cérémonie des Molière, c’est que quand c’est bouché pour les adultes, pour les enfants ça l’est en premier. Les enfants, c’est toujours ceux à qui l’on pense en dernier.

Et, pourtant, c’est sans doute le théâtre le plus vivant, qui a les formes les plus variées, avec, au-delà des créations, un travail sur le terrain énorme, fait par les compagnies et les lieux qui programment. C’est toujours un travail militant, parce que le théâtre pour enfants a toujours dû se gagner, et dans les théâtres, et dans la ville où il s’inscrit. Mais, malheureusement, dans les tutelles, on ne veut pas en entendre parler. Cela n’exclut pas qu’il y ait certaines villes, certains lieux qui font plus que d’autres. Mais, en rêgle générale c’est, quand-même les premiers à trinquer, les enfants.

Propos recueillis par François Fogel

La bio de philippe Dorin dans le répertoire des auteurs de la Chartreuse >
La chronique de "L'hiver, 4 chiens mordent mes pieds et mes mains" >
Le dossier pédagogique du Théâtre de l'Est Parisien >

"C’est vous, chers adultes, que nous invitons à venir découvrir le théâtre qui se fait pour les enfants. Il ne manque plus que vous. Il existe, dans le théâtre pour enfants d’aujourd’hui, des univers très singuliers, des formes d’une exigence artistique rare, bien loin de l’idée que vous vous faites du théâtre pour les enfants. Ce théâtre-là, vous vous invitons à le découvrir d’abord pour vous-même. N’y allez pas pour regarder les enfants regarder le spectacle ! Mettez vous devant ! Ne restez pas sur le bord ! Ce qui intéresse les enfants au théâtre, c’est de regarder les adultes regarder le spectacle. C’est ça qui en donne toute l’importance et qui les pousse à grandir.

Le gros problème dans le théâtre pour les enfants, c’est l’absence de l’adulte, à tous les niveaux. Ce qui fait qu’à la première réduction budgétaire, au moindre mouvement de personne dans les théâtres, les enfants sont les premiers à disparaître de l’affiche et des pages de la critique, et l’ambition des spectacles qui leur sont destinés se réduire dans des petites formes jouées entre deux portes, sans que cela crée le moindre problème.

Dans la famille déjà bien malmenée du théâtre, les enfants restent toujours le parent pauvre."
 
28 avril 2008