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En avril dernier a eu lieu, à Ouagadougou, le premier festival de théâtre jeune-public du Burkina-Faso. Aux origines de cet évèmement, la rencontre entre deux compagnies, l'une Belge, l'autre Burkinabé, et l'invention d'une pratique commune autour de l'envie d'introduire de l'art dans le quotidien des enfants, qu'ils soient d'ici ou de là-bas. Retour sur cette expérience, ses bonheurs et ses difficultés.

L'enfant est en colère. La colère l'emporte il ne maîtrise plus ses gestes. Il pousse son père, qui tombe.

« Pourquoi avez-vous montré ça ?! » s'indigne un spectateur adulte. Ca, c'est une scène du spectacle Belge « Gogmagog » jouée au Centre de Développement Chorégraphique (CDC) de Ouagadougou en ouverture du premier Festival Jeunes public du Burkina Faso. Un événement construit pas à pas entre artistes belges et burkinabés.

Il y eu, d'abord, la rencontre entre deux compagnies de théâtre, le Théâtre Eclair de Ouagadougou et le Zététique Théâtre en Belgique, un désir commun de croiser les expériences des deux troupes, et la foi d'Alain Héma, fondateur du Théâtre Eclair, en  l'art « qui fait grandir ». Ce comédien, conteur et metteur en scène, formé à l'école de théâtre de l'Union des Ensembles Dramatiques de Ouagadougou (UNEDO) finance depuis 2005, sur les fonds propres de sa structure, des ateliers- théâtre en école primaire, fondés sur le principe de reconnaissance de la parole de l'enfant.

Si le Zététique Théâtre propose déjà ce genre d'ateliers, dont les travaux sont présentés par les enfants chaque année, au cours d'un festival le théâtre Eclair le découvre et le fait découvrir aux enseignants et enfants. Pendant quatre saisons, le jumelage des deux compagnies consiste en un croisement des ateliers appelés « Classes d'Art-Paroles croisées » soutenus en Belgique par l'administration publique Wallonie Bruxelles International.

"Le théâtre qui nous a grandis nous-mêmes, remarque Alain Héma, nous le proposons à présent comme nourriture à l’âme de nos jeunes du Burkina, où presque un habitant sur deux a moins de 15 ans. Nous invitons des compagnies belges car nous souhaitons multiplier les expériences et confronter les nôtres avec d’autres démarches expérimentées de par le monde, en vue d’un enrichissement mutuel. Nous sommes convaincus d’alléger la souffrance matérielle de nos hommes de demain à travers un enrichissement de leur esprit d’aujourd’hui car, nous semble t-il, un pas, même de fourmi, reste un pas."

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Peu à peu, les Classes d'art, qui stimulent la créativité de l'enfant, acquièrent une reconnaissance auprès des enseignants, directeurs, et parents des écoles qui participent au projet, malgré un contexte difficile : des classes de plus de 100 élèves, un manque de supports d'apprentissage. Leur réputation parvient même aux oreilles de la Ministre de l'Enseignement de base du Burkina, qui fait part officiellement de son intérêt pour la démarche à l'automne 2008, période de discussion du gouvernement autour des questions d'éducation. Une réforme de l'enseignement de base étant évoquée, les partenaires de « Classes d'art-Paroles croisées » mettent les bouchées doubles. Ils présentent le projet comme une expérimentation d'une autre forme d'éducation pour la jeunesse. Ils en élargissent la portée. Aux ateliers théâtres, s'ajoute un volet professionnel de diffusion de spectacles jeunes publics. Deux autres compagnies Belges sont invitées à se joindre à l'aventure : la « Compagnie des quatre mains » et « Une compagnie ». La programmation du festival est arrêtée : quatre spectacles belges, 3 spectacles burkinabés. Un colloque sur « l'introduction de la pratique artistique à l'école primaire » est organisé dans le but de réfléchir à des bases de travail pour la réforme scolaire. Il sera animé par Alougine Dine, metteur en scène et directeur de l'Ecole Internationale de Théâtre du Bénin, Amadou Bourou, formateur dramaturge, président de la fédération nationale du Théâtre du Burkina, Marie-Odile Dupuis, metteur en scène, co-directrce de la Compagnie des 4 mains, Alain Héma directeur du Théâtre Eclair et Pierre Lambotte coordinateur du Zététique Théâtre. Le 9 avril 2009, le premier Festival Jeunes Publics du Burkina Faso s'ouvre sous la présidence de Madame Boukoungou, Ministre de l'enseignement de base et de l'alphabétisation.

Début avril, ils étaient donc quatorze artistes Belges à s'envoler, avec dans les soutes, les costumes, accessoires, instruments et décors de quatre spectacles conçus pour être joués dans les salles, dans les cours, dans les villages, dans le désert. Delphine Veggiotti, comédienne dans le spectacle le Barbouti de Une Compagnie, était du voyage. Elle a vécu concrètement ce à quoi se confrontent Alain Héma et son équipe : « Le théâtre n'occupe pas la même place, là-bas, dit-elle. Il n'est pas vécu comme un espace de liberté où l'on peut montrer des choses qui suscitent le débat. Pour les spectacles jeune-public, les adultes sont devant, les enfants derrière! Les adultes semblent craindre le côté subversif du théâtre. »

Au total, treize représentations belges et trois Burkinabés, dont une reprise de « L'arbre qui » du Théâtre Eclair, en tournée en Belgique en 2007, jouées à Ouagadougou et en province, en salle (CDC, Ateliers théâtre) et en extérieur. Les représentations au CDC ont fait salle comble, avec un public majoritairement constitué de « professionnels » : directeurs provinciaux de l'enseignement de base, enseignants, journalistes et acteurs culturels. Dans les salles des ateliers théâtres, les spectacles ont t été vus par les enfants et les enseignants des classes d'art. En extérieur, le public est plus large. Lors de séances sur terrain vague,le nombre de spectateurs a pu passer de 150 à 500 personnes en cours de représentation : les enfants de l'école du village, les parents, et des villageois avertis petit à petit... En termes de fréquentation, le festival a été un succès. Le débat après les spectacles, coutume inhabituelle pour les spectateurs burkinabés « qui ont plutôt tendance à vivre et commenter le spectacle pendant » note Delphine, était possible dans les salles à petites jauges. Quant aux suites politiques, il est encore trop tôt pour savoir si la réforme de l'enseignement de base s'inspirera de l'expérience.

Les artistes belges sont rentrés, chargés d'émotion. En particulier l'équipe du Théâtre des quatre mains qui jouait Gogmagog pour la dernière fois à Reem Dogo après une tournée de plus de deux cents dates en Europe. « Bin-Bin », l'autre spectacle de la compagnie est resté. Ce spectacle de marionnettes et d'objets pour tout-petits, sans paroles, sera repris par des artistes burkinabés après avoir longtemps tourné en Belgique lui aussi. Paroles Croisées, c'est aussi ces échanges improvisés...

Marie-Noelle Bouillet (manobou@theatre-enfants.com)