Théâtre Roublot
Le Pilier des Anges

Votre annonce ici


il y a 3288 spectacles
dans la base de données
> accueil > le magazine
Accès affiliés >

Document sans nom

Quelle idée! Prenons deux adolescents ordinaires, sympathiques, 15-16 ans, ni vraiment cancres, ni bêtes à concours. Intérêts dans la vie : les copains, la musique, internet. Culture théâtrale : pas terrible. Plongeons-les, durant une semaine, avec une autorité teintée de perversion typiquement parentale, dans le grand bouillonement Avignonais. Trois pièces par jour, avec programme, volontairement éclectique, imposé. Exécution! Et obligation de rendre compte.

Surprise! Nos "malheureux" cobayes (appelons-les Hadrien et Pierre-Jean) se plient à l'expérience avec enthousiasme. Sitôt sur place, largués entre les murs avec en poche leur carte du "Off", ils se mettent à arpenter inlassablement les rues de la Cité des Papes, tous les sens en éveil. Ce que les théâtreux adultes, habitués du festival, on tendance à ne plus voir, revêt, à leurs jeunes yeux, une importance capitale : Avignon en juillet est un espace de liberté. Un vaste terrain de jeu, ensoleillé, peuplé, et, qui plus est, symboliquement protégé de l'extérieur par des remparts. Le lieu de découvertes idéal.

"Qu'attendent les ados?", "Que dire aux ados?", "Comment faire venir les ados au théâtre" sont des questions récurentes dans la "communauté" du spectacle jeune-public. A lire les récits d'Hadrien et de Pierre-Jean, ci-dessous, on a envie de répondre "Faites donc pour eux comme pour tout le monde, mais avec encore plus de sensiblité". Ce qu'ils aiment, chacun à sa manière, c'est, en quelque sorte, le travail bien fait : un sujet une scénographie aboutie, des comédiens qui "assurent". Nos ados sont bons clients : "Huit bons comédiens qui jouent soixante dix-sept rôles", s'émerveille Hadrien. "On change de lieu en trente secondes et cela change vraiment d’une pièce ordinaire". Un peu d'originalité, ou mieux, d'onirisme, ne gâchent rien, à la condition essentielle qu'une certaine unité, voire une certaine normalité soit respectée. Ce qu'exprime à merveille Pierre-Jean à propos de "Turandot" : "La pièce s’adresse tout de même aux adolescents et aux adultes car subtile dans ses actions".

Pour le reste, comme à la valse, c'est le premier pas qui compte. Tout est bon à prendre, sur le fond (avec un net intérêt pour les sujets sociaux, voire politiques), comme sur le plan esthétique. Toute proposition est la bienvenue.

Je vais commencer par mon coup de Cœur : Le bal de Kafka
Une pièce excellente, des bons comédiens qui nous font ressentir joie, gène, compassion, pitié, incompréhension pour le personnage de Kafka.
Une très belle mise en scène d’Isabelle Starkier qui met en valeur les codes théâtraux et les deux mondes superposés dans lesquels vit Kafka.
Sébastien Desjours, qui détient le rôle de Franz, nous fait comprendre son immense solitude et rend la pièce plus touchante.

Pas de prison pour le vent
Un bon texte d’Alain Foix, j’ai trouvé l’idée remarquable de débattre ainsi sur la folie coloniale.
Bonne interprétation des comédiennes qui sont bien accompagnés au fil de la pièce par Alain Haithnard à la guitare.

TARZAN in the garden ou la grande question
Voici l’histoire du "Sylvestre" dans les moindres détails, on y apprend tout ce qu’il faut savoir sur cet animal fictif dans un environnement fictif.
Je conseille ce spectacle car il permet une véritable évasion; le monde créé par Jean-Marc Chamblay (scénographe) et interprété par Eric Goulouzelle est fantastique au deux sens du terme.

Le Cri
Une histoire dure, celle de Marc Weidemann qui, à travers Manuel Pons nous fais partager sa vie depuis la naissance.
J’ai trouvé la pièce émouvante par sa sincérité.

Monsieur de Pourceaugnac
C’est un classique, c’est un Molière : cette pièce raconte les mésaventures de Mr de Pourceau … “GNAC”, un limousin qui vient à Paris et qui va en voir de toutes les couleurs. Une comédie hilarante pleine d’humour noir dont la mise en scène s’inspire quelque peu de la comedia del’ Arte. Dans cette adaptation, le racisme concernant les provinciaux est transposé par le comédien noir qui joue le rôle principal.

Turandot ou le congrès des blanchisseurs
Cette pièce, qui est la dernière de Bertolt Brecht, est une satire des dirigeants dans le contexte de la crise économique.
C'est l’histoire de l’empereur de Chine qui convoque les Tuis pour trouver un prétexte valable pour expliquer la disparition du coton.
Ce spectacle m’a énormément plu par son originalité, huit bons comédiens qui jouent soixante dix-sept rôles sans se soucier de ce que voit le public, on change de lieu en trente secondes et cela change vraiment d’une pièce ordinaire.
Ici l’attention n’est pas portée sur un ou deux personnages à la fois mais sur l’ensemble de la troupe, on a l’impression de faire partie de la pièce tellement la scène est pleine de vie. Malgré deux heures et 10 minutes de théâtre, je ne suis pas ennuyé une seconde.
Si vous avez l’occasion de voir ce“Turandot ou le congrès des blanchisseurs” allez y! Et si vous êtes un public amateur de théâtre, ne perdez pas de temps!

Le festival est fini pour moi mais pour ceux qui ont la chance d’y être ou d’y aller, j’espère que j’aurai pu aider certaines personnes qui se soucient de notre avis, nous les jeunes !

Bonne fin de festival et à l’année prochaine !

pjLes critiques qui suivent on été réalisées dans le cadre d’un stage avec mon ami Hadrien pour www.theatre-enfants.com et www.revue-spectacles.com . Ma découverte du festival d’Avignon fut ma motivation principale pour l’écriture de cet article : sa foule venue de toute l’Europe, ses spectacles de rue, le cadre de cette magnifique ville, les terrasses des cafés... Voila l’ambiance qui habite la ville durant le festival mais c’est aussi la découverte du théâtre qui m’a attiré car je n’avais vu que très peu de pièces avant.

La première pièce que nous avons vue au festival d’Avignon se nomme Pas de prison pour le vent. Il s’agit d’une pièce sur l’émancipation des femmes et des noires (au États-Unis comme en France car la scène se passe en Guadeloupe). Ces idées nous sont exposées à travers trois femmes. Angela Davis est une activiste des blacks panthers, elle prône une lutte armée pour imposer son idéologie. Le deuxième personnage est Gerty Archimède une avocate et député de la ville où elle habite en Guadeloupe. Grâce au métier qu’elle exerce, elle peut lutter plus pacifiquement qu’Angela pour arriver aux mêmes fins. Enfin le troisième protagoniste de cette pièce engagée est la sœur de Gerty qui est religieuse. Sœur Susanne a pour opinon que l’ordre établi ne doit pas changé. En conclusion cette pièce est plutôt réussie par le fait des questions qu’elle pose, de son accompagnement musical à la guitare et du jeu des acteurs. Mais, je l’ai trouvé un peu pauvre dans la mise en scène.

Nous avons ensuite assisté le troisième jour de notre séjour à : Le bal de Kafka, une très belle pièce au niveau des costumes, du jeu des acteurs et de la mise en scène qui font tout pour nous entraîner dans l’univers dans lequel a évolué Kafka. En effet cette pièce est une autobiographie de cet auteur, une tragédie où se côtoient l’humour noir et la souffrance de Kafka torturé au plus profond de lui-même par des maladies psychiques. Malgré ce personnage fascinant et la belle mise en scène, la pièce est assez difficile à suivre si l’on ne connaît pas bien l’auteur ou si l’on est un spectateur débutant.

Dans le même après-midi nous avons vu une pièce de Molière, Monsieur de Pourceaugniac. Dans la plus pure tradition de la commedia dell’ Arte cette pièce est remplie de quiproquos, grimaces, situations comiques et Molière y critique les médecins avec un humour féroce ainsi que la discrimination que connaissaient les provinciaux à cette époque. Bref… il s’agit dune pièce facile où le rire est le maître mot. Je conseille cette pièce particulièrement aux enfants qui passeront un très bon moment à rire des malheurs de monsieur de Pourceaugniac

Au midi du cinquième jour nous fûmes spectateurs d’un excellent spectacle de marionnettes contemporaines, Tarzan in the Garden ou la grande question. Ce spectacle n’est pas vraiment de la marionnette mais plutôt un spectacle de manipulation d’objets. En effet un acteur, qui joue ici un scientifique, nous présente une nouvelle espèce : le Sylvestre mit en scène à travers des poupées et marionnettes le représentant. A partir de cela nous sommes plongés dans un spectacle poétique, original, teinté d’humour le tout servi par le jeu d’un acteur talentueux et d’une mise en scène magnifique. Vraiment époustouflant !! A voir absolument pour petits et grands.

Nous avons ensuite enchaîné avec un spectacle de danse acrobatique : Ivre d’équilibre. Durant cette représentation l’artiste nous montre des numéros assez impressionnants mais le manque d’histoire, l’incohérence entre le travail corporel et les phrases prononcées par l’acteur au cours de la représentation lassent vite le spectateur qui heureusement est parfois convié à agir au cours de l’action. A éviter sauf peut-être pour les mordus d’acrobaties…

Le soir venu nous nous sommes rendus à la Fabrik’ théâtre pour y voir Turandot ou le congrès des blanchisseurs la dernière pièce de Brecht. Et ce fut ma préférée tant par son scénario qui « interroge sur le phénomène de la langue de bois et l’inefficacité de la pensée intellectuelle dans une société capitaliste » (le OFF 2009), que par la mise en scène qui brise les codes du théâtre. En effet, les décors ne sont fait que de bureaux et chaises d’écoliers et les loges sont situées sur le coté de la scène. De même, les 77 personnages ne sont incarnés que par huit acteurs. Les deux heures que dure la pièce passent inaperçues grâce au jeu dynamique des acteurs et aux changements de décors et de costumes le tout teinté d’humour et de poésie. La pièce s’adresse tout de même aux adolescents et aux adultes car subtile dans ses actions. A ne manquer sous aucun prétexte !!!!

Notre dernier jour de festival la première pièce que nous avons vue fut Karl Marx. Ce spectacle est un monologue. Karl Marx est revenu temporairement du paradis et nous raconte sa vie. Mise en scène simple mais suffisante, véracité des faits racontés où se glisse de l’humour, bon jeu de l’acteur. Cependant la monotonie du discours sur un ton qui ne change guère durant le spectacle et le manque de personnages rend le spectacle un peu répétitif. Spectacle néanmoins intéressant concernant la vie de Karl Marx.

A la suite de cette représentation nous avons assisté dans le même théâtre au spectacle Les déplacés. Un trio entre un père de famille immigré maghrébin ou arabe, son fils et sa fille tous les trois vivant dans une cité. Le but de ce spectacle est de nous exposer la difficulté de l’intégration et de leur vie au quotidien. Malgré cette envie de nous faire partager cela, le jeu approximatif des acteurs les plus jeunes et le texte parfois peu poétique ne nous donnent pas plaisir à ce partage.

Nous finîmes notre semaine avec Le cri. récit autobiographique d’une enfance douloureuse. Le dénouement heureux et le message final « la vie est un cadeau » nous font aimer cette pièce. Le texte interprété par un acteur d’une incroyable expressivité est mis en valeur par le décor composé de bougies posées à même le sol. Un tourbillon d’émotions qui ne laisse pas de marbre.
Je garde en tête à la fin du festival de très bons souvenirs. Et je conseille à tout le monde d’y faire un tour, même le temps d’un week-end pour y découvrir son ambiance festive et culturelle et pour s’initier au théâtre comme je l’ai fait avec plaisir grâce à la diversité des spectacles présentés et leur qualité.

Pas de prison pour le vent (Alain Foix m.e.s. Antoine Bourseiller Cie Quai des Arts)
Le bal de Kafka (Timothy Daly m.e.s. Isabelle Starkier)
Monsieur de Pourceaugnac (Molière m.e.s. Isabelle Starkier)
Tarzan in the Garden ou la grande question (Jean Cagnard m.e.s. Sylvie Baillon, Cie Ches Panses Vertes
Ivre d’équilibre (de et par Pascal Rousseau)
Turandot ou le congrès des blanchisseurs (Bertolt Brecht m.e.s. Mirabelle Rousseau)
Karl Marx, le retour (Howard Zinn m.e.s. Denis Lanoy)
Les déplacés (Xavier Durringer  m.e.s. Véronique Brisson)
Le cri (Marc Weidemann avec Manuel Pons)