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Tous les enfants peuvent y arriver

Les mômes du CREA from François Fogel on Vimeo.

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"Tous les enfants peuvent y arriver"

C'est un rêve d'élu aux affaires sociales. Le nirvana du projet socio-éducatif. 20 ans, et plus, d'expérience. Des enfants en souffrance, souvent, des enfants des "quartiers", qui se mettent à danser, chanter, jouer de la musique. Soigneusement encadrés par des artistes de haut niveau, des centaines d'enfants qui consacrent tout leur temps libre à se perfectionner, et jouent devant des salles combles, de d'Aulnay sous bois à Mexico. Pas comme de petits chiens savants, mais comme de solides amateurs, forts dans leur tête. L'art et la culture sont l'objet d'un partage. Un enfant qui pratique se crée des repères. Il n'est plus seul.
La compagnie Tamerantong! et le CREA, chacun à sa façon, sont devenus des références en la matière. Nous avons souhaité qu'ils nous racontent leurs histoires, qui se ressemblent : humanisme, débrouille, recherche constante de partenaires pertinents, acharnement sans relâche au service du projet... et constat partagé d'un certain malentendu. "Le regard qui est porté sur nous, en ce moment, me gave!", dit, sans détour, Didier Grojsman, fondateur du CREA. "La façon dont on parle de nous", complète Christine Pelicane, directrice artistique de Tamerantong!, "est devenue uniquement sociale. Il a fallu faire avec". En même temps que la crainte de se voir cantonnés à un rôle de pure prestation sociale, il y a là la renvendication d'une qualité artistique à laquelle on ne peut que souscrire. Car ces enfants font vraiment du spectacle, et leurs productions ont un sens dans la culture d'aujourd'hui.

Theatre-enfants : Qu'est ce qui, dans votre parcours personnel, ou artistique, vous a amené à créer des spectacles avec des enfants?

Christine Pelicane
Christine Pelicane, directrice artistique
de la Compagnie Tamerantong!

Christine Pelicane : J'ai passé mon enfance en Afrique du nord, et je suis arrivée en France pour le collège. Mon parcours de jeunesse a traversé toute la mouvance punk. Et j'étais ouvreuse au Théâtre National Populaire, à Villeurbanne : c'est là que j'ai découvert le théâtre. Puisque mes parents étaient ouvriers, je ne connaissais pas le monde artistique.

Alors je suis allée à Paris, et j'ai fait pas mal de cours, sans trouver mon bonheur : je m'ennuyais, vraiment. Jusqu'au jour où on me propose, comme job alimentaire, de monter des ateliers de théâtre avec des enfants. Et là, je me dis « Mais c'est ça, le théâtre! Voilà l'énergie que je recherche! » Et je commence à écrire pour eux, très maladroitement au début, des spectacles dont, déjà, les minorités étaient les sujets. J'appelle alors tous mes copains, qui étaient comédiens, ou bien venaient du rock alternatif, et ils m'aident. Je travaillais dans une Maison de quartier, à Belleville (Paris), et les spectacles ont pris de l'ampleur, les spectateurs venaient, et la Mairie de Paris disait, en parlant de nous, « Regardez ce qu'on fait, c'est fantastique! ». Or, pratiquement personne n'était payé. C'est comme ça que nous avons décidé de monter notre compagnie. C'était en 1992, mais les tout-débuts de Tamerantong, les années de formation sauvage et la rencontre avec les Ludwig (Ludwig von 88 groupe de rock alternatif), qui ont beaucoup influencé la « couleur » de Tamerantong, remontent à 88.

Au même moment, des amis me disent « viens monter des spectacles à Mantes la jolie ». C'était les Opérations Prévention Eté, qui intervenaient un an après l'été 91, durant lequel il y avait eu des morts. On y est allés très naïvement, en se disant qu'on allait faire de beaux spectacles avec les enfants de Mantes qui ne partaient pas en vacances. Ca a été une expérience très violente. On n'avait pas de partenariats, pas d'organisation. On était des artistes, dans notre petite bulle. Mais le spectacle a marché, et on a eu de la presse, parce que c'était Mantes la jolie, un an après les évènements. Du coup, des éducateurs, des animateurs de rue nous ont rappelés, en nous disant : « Revenez, mais cette fois, on vous aide . On fait le lien avec les familles, avec les partenaires, et on vous aide à monter votre projet.» Depuis ce moment, nous sommes à Mantes la jolie. Et nous ne travaillons plus qu'avec des partenaires institutionnels : des écoles, des centres sociaux, les services culturels des villes... Nous n'avons pas de centre, nous voyageons. Nous sommes à Belleville, à Mantes, et, depuis 2006, à la Plaine Saint Denis.

Christine Pelicane
Didier Grojsman, directeur du CREA

Didier Grojsman : Je suis issu d'un milieu très simple, ouvrier, aux Lilas, en Seine Saint Denis. Chez moi, la culture se résumait à Piaf, ce qui n'était déjà pas mal. J'ai eu la chance d'avoir de très bonnes étoiles pour me guider : je suis autodidacte. Une directrice d'école maternelle a repéré que j'étais tout le temps collé au piano, que je chantais au lieu d'aller dans la cour, et l'a dit à ma mère. Il y avait une dame extraordinaire, une juive roumaine, qui tenait un bistrot-épicerie, ancien premier prix de conservatoire à Paris. Elle avait rencontré un type fabuleux et avait tout largué pour lui. Mais il y avait un piano dans l'épicerie, au milieu des boites de conserve, et, parfois, les éboueurs venaient le matin, écouter Dolly jouer les Nocturnes de Chopin. Ma mère lui a parlé de moi. Mais son mari est décédé, et elle est repartie vivre chez ses parents, à Belleville. Et puis, un jour, je la rencontre par hasard. J'avais 6 ans, et elle me propose de me prendre comme élève. Cette femme, qui est devenue en même temps ma muse, et la grand-mère de mes enfants, m'a apporté ce qu'aucun conservatoire n'apportera jamais à un enfant : le plaisir, l'ouverture d'esprit. Notre répertoire allait du jazz à Chopin, on improvisait. A huit ans, j'ai créé ma compagnie, le « Club des dauphins ». J'écrivais des spectacles avec les copains du quartier.

Tout en poursuivant mes études, je continuais le piano, j'ai fait du chant, de la danse. J'ai écrit des spectacles de marionnettes, que je jouais à quinze ans dans les écoles de ma ville, pour le plaisir. Et puis : coup de foudre à 16 ans, papa à 17 ans, puis à 19 ans. J'ai dû mettre de côté mes ambitions artistiques! Mais ma femme était enseignante et travaillait dans une école « Rouge » de la ville, avec une équipe de femmes extraordinaires. Ca m' a « branché » sur la pédagogie. Après les spectacles, une nouvelle rencontre avec l'enfant, autour de la pédagogie et de l'éducation. J'ai fait l'école normale, et je suis devenu un instituteur un peu dérangeant. Dans ma classe, il y avait un piano, il y avait des animaux, on tournait des films, on faisait des concerts... A 24 ans, j'ai passé un concours pour un poste de conseiller pédagogique en musique et j'ai été reçu premier. Cela m'a ramené à la création : j'ai commencé à visiter tous les choeurs de Paris, tous les lieux de création, pour trouver des idées à transmettre aux enseignants dont j'avais la charge. Et j'ai monté un premier spectacle, « Pour faire le portrait de Prévert », avec 2 classes du Blanc-Mesnil et 2 classes de Drancy, grâce à la complicité de Christian Landy, qui dirigeait l'Espace Prévert. Le spectacle fini, j'ai proposé à C. Landy de créer un choeur. On a alors créé le CREA (Choeur Régional d'Enfants d'Aulnay), et de septembre 87 à 2003, on a créé toutes sortes de spectacles : de petites formes, musicales, avec du texte et de la danse. Aujourd'hui, nous avons six formations. En atelier de sensibilisation, on voit 600 gamins par semaine. L'activité du CREA dépasse les créations : je m'occupe aussi des 10/16 ans et des « vieux ». Il y a des enfants que j'ai rencontré dans les écoles, à 7 ans. L'un d'entre eux vient d'arrêter, il en a 28! C'est une vraie éducation, dans la durée.

En 2007, pour fêter nos 20 ans, on a commandé une oeuvre lyrique, en parallèle avec les petites formes que j'écrivais avec les copains, des metteurs en scène, des chorégraphes. En France, il n'y avait pas de répertoire, contrairement à l'Angleterre. Aujourd'hui, on en est à 51 créations, dont 21 opéras dont on a passé commande à un auteur et un compositeur.

Christine Pelicane : Mais, quand tu vois un auteur, tu lui donnes des lignes, un cadre? Parce que, sinon, ça peut tomber à coté!

Didier Grojsman : Oui, il y a un cahier des charges, une thématique. Par exemple, pour le spectacle que nous sommes en train de monter, « Les sales mômes », je voulais parler de l'exclusion et de l'indifférence, ce qui est en pleine actualité, mais je ne voulais pas traiter ça en 2010.

Theatre-enfants : Le « social » prend une part importante dans vos projets. Est-ce que c'est fondateur?

Sylvain Levey

"Spectacle de fin d'année. Le professeur d'expression corporelle nous a déguisés en lapins perdus dans la forêt (un collant gris, une pelote de laine, un faux nez et deux oreilles en carton). Le seul garçon du groupe jouait le chasseur et nous, les filles-lapins, nous devions courir et nous cacher derrière des arbres en papier mâché. C'était un peu le bazar sur la scène. Pour sûr, on n'avait pas assez répété. Margaux a fait une allergie au maquillage, Camille, qui il faut l'avouer même si c'est ma copine mange un peu trop, était rouge écarlate à force de courir, Caroline avait du mal à respirer à cause d'un début de crise d'asthme, notre garçon chasseur de lapins perdus dans la forêt a pleuré, personne n'a jamais su pourquoi. Moi, le collant me grattalt un peu les fesses et le vrai nez d'Alexandrine s'est mis a saigner, Clémentine est tombée dans les décors et le temps de sortir des rideaux, notre scène de théâtre était terminée. ses parents étaient très déçus car ils avaient filmé et leur film était fichu, Chloé aussi était très déçue car ses parents n'étaient pas là, ils n'avaient pas voulu payer, seule Clémence était impeccable, comme d'habitude, c'est la meilleure d'après le professeur. Clemence est la fille du professeur."

In "Ouasmok", p.60. Editions théâtrales, collection Théâtrales jeunesse.
Publié avec l'aimable autorisation des Editions Théâtrales.

Ouasmok sera présenté à l'Espace 600, à Grenoble, les 2 et 3 décembre

 

Christine Pelicane : Non. Au début, c'était un projet surtout artistique. C'était, peut être, social, mais ce n'était pas dissocié de l'artistique : c'était la rencontre avec une énergie, celles des quartiers populaires, dans laquelle je retrouvais des choses de mon enfance, de ma culture, de l'immigration. En fait, on a toujours fait les choses à l'envers : c'est quand on a monté l'association qu'il a fallu se demander : « C'est quoi nos objectifs? On travaille pour qui? Pourquoi?» C'est en travaillant avec des partenaires, que nous avons dû écrire, parce que pour trouver de l'argent, il fallait justifier notre place, mettre en forme ce qui nous était venu spontanément. Et la culture ne nous aidant pas, parce qu'il s'agissait de travailler avec des enfants, qu'est-ce qu'on nous a poussé à développer? L'aspect social. Il y a donc eu une période où on a complètement enlevé de nos dossiers l'identité artistique fondatrice. Notre « carte d'identité », la façon dont on se présente, dont on parle de nous, est devenue uniquement sociale, et cela ne reflétait pas ce que nous étions, y compris aux yeux du public. Il a fallu faire avec. On est revenus sur notre identité artistique, après, parce qu'on avait besoin de cette respiration. On a toujours eu une reconnaissance artistique sur le terrain, dans les spectacles, avec le public. L'artistique était là, mais il n'était jamais formulé. Il fallait que, dans nos dossiers, il n'y ait que du social.

Theatre-enfants : Didier Grojsman, vous êtes dans le 9.3!

Didier Grojsman :Oui, et le regard qui est porté sur nous, en ce moment, me gave! j'ai créé ce choeur dans une philosophie d'éducation. Parce que c'est ce que j'aurais voulu faire quand j'étais gosse, mais aussi parce que, ayant connu pas mal de maîtrises d'enfants, je me suis dit qu'il fallait, en quelque sorte, construire une « anti-maîtrise ». Je me suis plutôt attaché aux enfants qui n'auraient jamais la chance de rentrer dans un circuit artistique. Et, tout de suite, je n'ai pas voulu que cela ne soit qu'un projet social, et j'ai ouvert à tous les enfants de la ville. Pour qu'il y ait un vrai brassage. Je travaille à Aulnay. Le nord et le sud de la ville sont très différents. Qu'un gamin soit issu de l'immigration, qu'il soit un enfant d'ouvrier ou que son père soit médecin, ils ont tous besoin de culture pour se construire. C'était vraiment ça : pas d'exclusion. Je n'ai jamais fait une audition. Là j'en ai douze nouveaux qui arrivent, ne me demandez pas comment ils chantent...

Christine Pelicane : On passe par des cycles d'initiation, avant de faire des créations. On travaille avec des partenaires qui vont inscrire des gamins. Il y a des critères d'inscription : on veut arriver à une totale mixité. Ce n'est pas parce qu'on est à Mantes que l'on ne veut que des petits Noirs. On cherche à décloisonner les quartiers. Chaque site a ses particularités. A Mantes, il y a le centre ville d'un coté, le Val fourré de l'autre, nous sommes au milieu. On se bat pour essayer d'avoir des gens du centre ville, et, au Val Fourré, la difficulté est d'avoir des enfants de tous les quartiers, qui sont eux-même très cloisonnés. Ensuite, nous recevons des enfants qui sont en difficulté sociale, familiale, ou scolaire. Il nous sont signalés par des instituteurs, des éducateurs, des associations de soutien scolaire. Et puis nous laissons aussi la porte ouverte à des familles dont les enfants ont envie de faire du théâtre, sans autre critère. Voilà pour Mantes.

A la Plaine Saint-Denis, nous travaillons avec la Compagnie Jolie Môme. Malgré leur nom, ils ne travaillent qu'avec des adultes. Ils sont très engagés, politiquement. Nous les avons rencontrés lors du mouvement des intermittents du spectacle (en 2003). E c'est eux, quand ils ont investi « La belle étoile », qui est un lieu magnifique, qui nous ont dit « Venez pour les gamins ». Là, le souhait de la ville était d'aider les gens à s'implanter.

Anne : Il fallait faire en sorte que le quartier vive et que les gens puissent se rencontrer, avoir des lieux où toute la population du quartier se croise. C'est un nouveau quartier, les gens vivent chez eux.

Christine Pelicane : A Belleville, c'est encore autre chose, parce qu'il ya les bobos. On est dans une école en ZEP, très « gettho ». Là, les instituteurs s'arrachent les cheveux parce que les bobos arrivent, mais n'y inscrivent pas les enfants. L'équipe, que nous connassons bien, a accepté d'ouvrir les portes, et nous avons un cota de gamins de l'école, mais aussi de « Belleville d'en haut », et de « Belleville d'en bas ».

Theatre-enfants : Dans la création d'un spectacle, à quel moment les enfants interviennent-ils? Est-ce qu'ils orientent le projet?

Pendant l'année d'initiation, on leur apprend le collectif et les bases artistiques, techniques, la discipline du collectif et la discipline artistique. Et puis, on les enmène une semaine à la campagne, coupés du quartier, coupés de la famille, avec des metteurs en scène, des assistants, des chorégraphes-combat. Dans chaque spectacle, il y a des combats, des cascades qui sont chorégraphiés : c'est une énergie qui nous plait, et qui est, on s'en est rendu compte, un outil incroyable de canalisation ou d'extériorisation pour ces enfants-là. Car ce ne sont pas que des enfants qui « explosent ». Il faut souvent aller les chercher. On est 12 ou 13 adultes pour 24 gamins. En une semaine, on monte un spectacle, dans le cadre de l'initiation, on revient, et on le montre. Cela pendant 3 ou 4 ans, puis c'est la création proprement dite, comme le western qui tourne en ce moment (Les Bons, les Brutes, et les Truands). Dans tous les cas, qu'il s'agisse des années d'initiation ou des grosses créations, c'est un thème qui est écrit par l'adulte, dans la connaissance du « terrain ». On a une charte, un cahier des charges.

Anne Gerschel (Tamèrantongs!) : Nous nous rassemblons en Conseil des tongs, auquel les enfants participent. On est tous en cercle, et les adultes encadrent les enfants. On choisit des thèmes en amont, sur lesquels les enfants s'expriment. Cela particpe à l'apprentissage du collectif, mais cela nous aide aussi à comprendre ce qui est en jeu, à ce moment, dans le quartier, chez les enfants, et c'est souvent de là que viennent les thèmes des spectacles.

Christine Pelicane : Le western, c'était les Conseils des tongs après les émeutes de 2005, et les discours sur les « racailles ». Les enfants ont commencé à dire « Mais non, nous on est bons », et c'est devenu « Les bons, les brutes et les truands », sur les stéréotypes, la vision manichéenne du monde.

Didier Grojsman : Nous, on leur propose certains univers forts qui les font réfléchir, mais on n'est pas dans la réalité. On les fait aussi beaucoup rêver. On les enmène dans des histoires, comme on l'a fait avec « Marco Polo et la princesse de Chine », ou « Le tour du monde en 80 jours », avec, à chaque fois la vision d'un metteur en scène différent. Il fait sa mise en scène, travaille sur le texte, avec le librettiste, vient écouter les enfants. Ce n'est pas un projet qui serait « plaqué » sur eux, mais, par exemple, ils ne choisissent pas le thème. Par contre, ils ont profondement remanié le livret des « Sales mômes », durant le stage, au mois d'août.

Mais il faut dire que pour nous, le spectacle n'est pas l'objectif principal, puisqu'il n'est pas fait pour durer. Tous les ans, on repart sur une nouvelle création, que nous jouons 3 ou 4 fois.

Christine Pelicane : Mais ce n'est pas frustrant?!

Didier Grojsman : Si, c'est horrible! On a fait un spectacle avec Laura Scozzi (danseuse et chorégraphe italienne), pour nos 20 ans, on l'a joué 3 fois!

Theatre-enfants : Pourquoi?

Didier Grojsman : Parce que les programmateurs sont frileux, que nous somes nombreux, jusqu'à 40, et que ça pause des problèmes légaux : hors de question que les enfants jouent sur le temps scolaire. On a des problèmes avec l'institution. Par exemple, j'ai enmené le CREA 8 jours aux Jeux Olympiques d'Albertville. On faisait un opéra, « Le tic-tac des montagnes », sur l'un des sites olympiques, avec les enfants d'un village. On a passé 8 jours dans un grand châlet, les enfants ont rencontré toutes les délégations sportives. Ils skiaient le matin, travaillaient l'après-midi, on répétait le soir, et on a joué à la fin de la semaine. Et bien il y a un inspecteur qui m'a écrit une lettre pour me rappeler à l'ordre : l'école est obligatoire. Mais cela dépend des gens. En ce moment, à Aulnay, on a deux inspecteurs qui apprécient notre travail, et ça va.

Pour vous, à Tamerantong, la diffusion fait partie du projet. Vous avez même une chargée de diffusion.

Christine Pelicane : Oui, mais pas pour tous les spectacles. On a un spectacle « phare », et des spectacles d'initiation, comme « Ramdam à Nottingam », qui s'est joué 4 fois.

Theatre-enfants : Quelle est la limite entre l'enfant et l'acteur? Comment le parcours individuel de chaque enfant est réinvesti, si il est réinvesti, à l'intérieur du spectacle?

Didier Grojsman :Chaque enfant a un rôle dans la création, en fonction de ce qu'il est, ou de ce qu'il n'est pas. Ou bien, on va l'enmener vers le haut : on a un gamin qui était à la limite de l'autisme il y a trois ans, et maintenant, il va faire un solo de danse. On suit les parcours des enfants, mais, pour reprendre ce qu'a dit Laura Scozzi quand elle est venue au CREA : « Je n'ai pas travaillé avec des enfants, j'ai travaillé avec des acteurs ». C'est le même engagement, que je leur demande, je ne fais pas la différence. Ce ne sont pas des enfants. Là, ils sont chanteurs.

Christine Pelicane : C'est des personnalités.

Didier Grojsman :C'est des personnes, des individus, qu'on va développer. Bien sûr, ce que nous leur demandons est à leur niveau, est adapté à eux.

Christine Pelicane : Quand on décide de monter le spectacle, on bosse avec des personnes. Mais avant, il y a certains gamins qu'on est obligés de préparer, et c'est là qu'on est en plein dans l'éducation populaire. Des fois, on se dit qu'on est en train de faire un travail que ni les parents, ni les instits, ni les éducs ne font. Et on le fait malgré nous, parce que notre objectif, c'est le spectacle. Il y a des moments hallucinants. Quand on s'en va en stage, il y a des enfants qui ne parlent pas. On a une semaine ou 10 jours à la campagne pour répéter, on leur apprend à s'habiller, on leur apprend à manger, on leur apprend à dire « oui », « non », ou « merci ». Parce qu'on est dans le cadre du groupe, de la discipline.

Et après, il il y a l'urgence du spectacle, qui fait que le gamin, il faut qu'il parle. Et là, on on a construit quelque-chose en autodidactes. On s'est dit « On ne sait pas comment faire, mais on y va avec ce qu'on croit, avec notre foi, et on part du principe que tous les enfants peuvent y arriver ». Et maintenant, on a des méthodes, le « Tête à tête », où les assistants prennent les gamins, et ils les font travailler, travailler, travailler, pendant une heure, non-stop : « Tu peux, vas-y, parle, sors ta voix! » Il y a des moments où, si un étranger arrivait, il se dirait « C'est des fous! ». Des fois, il y a des enfants qui pleurent. Mais ils ne pleurent pas parce qu'on les fait souffrir, ils pleurent parce que leurs propres souffrances sortent d'eux. Au début, on se disait « On a été dégueulasses, on l'a fait pleurer! On est trop méchants, c'est horrible ». Mais le gamin ne veut qu'une chose : revenir, recommencer. Il s'est débarrassé de tout ça, il joue. Et la mère vient nous dire « Qu'est ce que vous avez fait à ma fille? Elle me parle, elle s'habille toute seule! »

Voilà : on les considère comme des acteurs, mais, parce que, parfois, il y a des gamins qui sont trop meurtris dans leur vie, il faut les mettre à niveau, non pas d'un acteur, mais d'un enfant ou d'une personne. Et ce ne sont pas forcément des gamins des quartiers « sensibles ». Il y en a un qu'on a enmené au Mexique, où nous avons joué en 2001 et 2003. Récement, on a fait une fête, parce qu'on a sorti le DVD de cette tournée, et tous les enfants disaient «  C'était génial, la rencontre avec les Indiens du Chiapas, le Mexique! » Et lui, dont les deux parents sont toubibs, je lui demande « Et toi, Paul, qu'est ce que tu retiens de ça? ». « Ouais, le Mexique, les Zapatistes, c'était pas mal... Mais moi, ce que j'ai aimé, c'était le théâtre : Je pouvais parler!!! »


 

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aff sm La chronique des "Sales mômes" >
 
  • Tamèrantong! a publié en septembre 2010 le DVD de son spectacle "Zorro el zapato", avec les enfants de Mantes la jolie. S'adresser à la compagnie.
  • Disponibles sur le site du CREA, les actes du colloque organisé à l'occasion des 20 ans de la compagnie (2007). Télécharger ici >

Feuilleton : Les enfants de Tamèrantong! en répétition

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