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Ce n'est pas Mère Theresa. Il y a, pourtant, chez Jean-Claude Decalonne, initiateur du programme des Orchestres à l'école, et, aujourd'hui, "papa" de 300 ensembles constitués, plus 80 en cours de formation, un redoutable mélange de détermination et de confiance dans son prochain. Et une certitude: la musique contribue au bonheur. Editeur musical, il est aussi libretiste de spectacles musicaux jeune-public, et, bien sûr, musicien. "L'orchestre, dit-il, est le plus bel outil social que l'on puisse imaginer".

Qu’est ce qui vous a amené à lancer Orchestre à l’école?

En 92, j'ai effectué un voyage au Japon. L'intensité de la vie musicale m'y a stupéfait : toutes les salles de concert étaient pleines. Pourquoi ? La musique classique n’est pas une tradition, là-bas. Et puis, j’ai visité des écoles de tous niveaux, et j’ai constaté que les arts y prennent une place centrale. Ils sont sur-valorisés par rapport aux autres matières, au point qu’on pourrait dire que l’individu se construit autour d’eux.

100% des élèves japonais ont une pratique musicale, et les enseignants ont, dans ce domaine, un niveau plutôt élevé. Ils reçoivent une formation assez poussée durant leurs études, et cela les incite à se servir de cet acquis en classe.

En revenant en France, je suis allé parler avec Patrick Selmer, le président de la Chambre Syndicale des Facteurs d’Instruments. Après étude, il s’est avéré qu’en France, seulement 3% des élèves ont une pratique musicale. On s’est dit : « On va avoir du travail ! ». Mais, au vu des résultats que j’avais constatés au Japon, il n’y avait pas de raisons de renoncer.

L’idée était d’essayer avec un premier orchestre, en se projetant dans une démarche structurée. En 99 nous avons commencé avec une classe d’Auvers sur Oise (95), puis en 2000, une seconde à Cergy. Les enfants étaient majoritairement des primo-arrivants. Il y en avait 25, de 17 nationalités différentes, et certains avaient de gros problèmes de comportement.

Je suis arrivé assez confiant. En guise de bienvenue, le prof de gym m’a dit « Vous êtes fou ! Jamais vous n’allez revoir vos instruments... ». Nous avons remis les instruments aux enfants, et nous leur avons montré comment jouer les premières notes. Je leur ai expliqué qu’on allait les mettre sur scène, dans leur collège et ailleurs.

L’effet à été immédiat. En salle des profs, les enseignants étaient étonnés. Ils me demandaient des nouvelles de leurs pires élèves, que, pour certains, ils n’avaient strictement jamais entendu parler. Et, quand, je leur répondais « Ah oui, unetelle, elle commence à se débrouiller en trombone », ils croyaient que je me trompais de nom.

Trois mois plus tard, je rencontre, à nouveau, le prof de gym, qui me demande : « Qu’est-ce que vous leur faites ? ». « Vous avez un orchestre, sur le terrain. Ils ont appris à faire des choses ensemble, les uns pour les autres. »

Il y a aujourd’hui trois orchestres en permanence dans ce collège. Tous les élèves sont volontaires, et les profs choisissent ceux dont ils jugent qu’ils en ont le plus besoin. On démarre chaque année avec une classe « à problèmes », et trois mois plus tard, c’est la meilleure classe du collège. Cela s’est toujours vérifié.

On leur demande de nous accueillir, d’observer, et de nous rendre compte. C’est, souvent, quelque-chose de nouveau, pour eux. On essaye d’insister sur l’importance du jeu, avant le solfège.

Les collectivités locales investissent. Elles payent le parc instrumental, et les intervenants. Il nous faut mettre en place plusieurs partenariats : un chef d’établissement, des profs motivés pour conduire le projet durant trois ans, un maire, l’Education Nationale, et des mécènes éventuels.

Ils pratiquent entre deux et quatre heures par semaine, autant que possible dans le temps scolaire. Au bout de quelques mois, ils donnent un premier concert, avec, en général, deux morceaux. A la fin de l’année, un concert, avec plein de morceaux. Et les années suivantes, plein de concerts, avec plein de morceaux. Des échanges entre établissement commencent à s’organiser, et on commence à nous demander des prestations pour le grand public.

Quand on arrive à la dernière année, on essaye de voir si il est possible de monter un projet pour la suite, éventuellement avec l’école de musique. Mais la transition peut être frustrante pour nos élèves. L’enseignement dispensé dans les conservatoires fait passer le solfège avant la pratique instrumentale et il n’est pas suffisamment orienté vers les pratiques amateur. Il n’y a rien de prévu pour les non-professionnels, ceux qui se destinent pas à passer les concours. On incite, donc, les conservatoires à créer des structures spécifiques.

L'Ochestre à l'école n'est pas une organisation centralisée, et c'est, sans doute, ce qui fait son succès. "On donne une méthode", dit Jean-Claude Decalonne, et les différents projets se construisent au cas par cas, dans l'autonomie. Toutefois, la Chambre Syndicale de la Facture Instrumentale (CSFI) est présente pour accompagner les démarches.

Plusieurs tranches d'âge sont possibles, à partir de la grande section de maternelle, jusqu'au collège.

Différentes formes d'orchestre sont prévues, en fonction des choix esthétiques et des possiblités financières des porteurs de projets. Dans tous les cas, le luthier local est impliqué. Son rôle est de fournir et d'entretenir le parc instrumental, et de conseiller les élèves dans le choix d'un instrument.

Outre les enseignants, l'encadrement est constitué d'un ou plusieurs intervenants spécialisés, (DUMIstes, de Diplôme Universitaire de Musicien Intervenant), dont la rémunération entre dans le financement du projet. Celui-ci est assuré par un partenariat entre l'Education Nationale, les collectivités locales, et les éventuels mécènes.

La Chambre Syndicale de la Facture Instrumentale est une association professionelle qui regroupe les sociétés et artisans qui fabriquent, distribuent et exportent les instruments de musique, ainsi que des éditeurs. Elle est l'oragnisatrice du salon de la musique