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Un film de Jeanne Dosse. Durée : 1 heure. disponible sur DVD

"Un cercle de connaisseurs" raconte l'année un peu particulière d'une classe de 6ème du Collège Saint Jean-Baptiste de Quimper (29), la 6ème "Jeune Spectateur". En complément des cours de français, avec le Théâtre du Miroir, partenaire opérationnel du collège, les élèves participent à des stages de pratique théâtrale, vont voir des pièces, participent au festival Théâtre à tout âge, réfléchissent avec leurs enseignants, et fréquentent des équipes artistiques. Le film retrace la rencontre, en plusieurs étapes, entre la classe et le Théâtre du Soleil, autour du spectacle "Les éphèmères", créé en décembre 2006.

L'environnement culturel quimperois, à travers le réseau formé par l'association Très-Tôt Théâtre, l'investissement de l'équipe pédagogique et la générosité sourcilleuse du Théâtre du Soleil, sont les bases principales de la réussite de ce projet. Mais ce qui saute aux yeux, en visionnant le film de Jeanne Dosse, c'est l'évidence d'une approche pratique, immersive, et, surtout, contradictoire de l'enseignement artistique. Entre l'équipe du Théâtre du Soleil et les collégiens, il y a rencontre, et cette rencontre, immédiatement, va à l'essentiel: un questionnement partagé. Aux interrogations, aux représentations, voire aux peurs que les uns, enfants, et les autres, artistes de métier, possèdent en commun sur le monde, sur le temps et le corps, sur eux-même, quelles sont les réponses apportées par la pratique, et, in fine, par l'œuvre?

"Pourquoi avez-vous fait un spectacle sur le thème de la mort?", demande un élève. "J'ai dit aux comédiens que je voulais faire quelque chose sur la bonté, la beauté humaine...", lui répond Ariane Mnouchkine, engageant ainsi une reconstitution circonstanciée de sa démarche, entre ses propres interrogations, le travail collectif, et la parole du public. Le paradoxe, la confrontation, sont au coeur de cet échange plein d'exigence, et de tous ceux qu'engagent les enfants avec la troupe. Comédiens, techniciens, gestionnaires du théâtre, tout le monde va droit au but en parlant de ce qu'il fait, et du sens que cela revêt. A travers le quotidien des contacts, des voyages, des apprentissages, des récitations, des confrontations, le sens, fondamentalement démocratique, de ce projet pédagogique, est de permettre à des enfants, en toute subjectivité, de placer des repères dans le monde réel.

François Fogel >
Un cercle de connaisseurs à été produit par le Théâtre du Miroir de Fouesnant (29), sur des fonds privés, grâce à l'aide des cafés Coïc et de l'Espace culturel Leclerc de Quimper.
En le commandant auprès du Théâtre du Miroir, 1 rue des Iles, 29170 Fouesnant (lui envoyer un mail >)

"Je veux faire de l'enseignement culturel et artistique la clé de la démocratisation de la culture", disait le candidat Sarkozy durant la campagne électorale. Pour mettre en œuvre cette louable intention, réaffirmée dans le récent discours de Nîmes (Voeux aux acteurs de la culture), les services des ministères de la Culture et de l'Education Nationale ont élaboré un plan en sept points, qui fit l'objet d'une communication de Xavier Darcos et de Christine Albanel devant le Conseil des ministres il y a un an, le 30 janvier 2008.

Sur le plan politique, toute la philosophie du projet peut être résumée en deux phrases: "L’enseignement de l’histoire des arts (...) prendra appui sur le contact direct (sic) avec des oeuvres, dont certaines, comme La Joconde, le château de Versailles ou Guernica, considérées comme majeures pour l’histoire nationale ou européenne, devront être systématiquement étudiées par tous les élèves afin de contribuer à la formation d’une culture commune" (X. Darcos); et "Il importe, alors qu’une grande majorité Français n’a jamais visité le Louvre, de se donner l’objectif démocratique suivant : chaque élève de France doit pouvoir visiter dans de bonnes conditions, au cours de sa scolarité, les grandes institutions culturelles que la Nation s’est donnée au cours de son histoire." (C. Albanel). La ministre va jusqu'à émettre le souhait, afin que tous les élèves de France puissent "découvrir les grandes institutions culturelles de la nation" de mettre en oeuvre un "etablissement national d'accueil", à Paris, projet finalement abandonné après qu'un recteur d'académie ait fait remarquer qu'il y avait, sans doute, aussi quelques grandes institutions culturelles en province...

Foin, donc, de l'apprentissage de l'autonomie ou du développement de la personne! L'enjeu culturel est ici réduit à un ensemble défini de codes dont la connaissance garanti l'appartenance de l'individu à la nation, exactement comme on pouvait l'entendre aux débuts de la IIIème République. Que le provincial, l'étranger ou le barbare sache reconnaître ces valeurs, et il intégrera, sans trouble d'identité, la collectivité nationale. Cet apprentissage, en bonne logique comptable, sera mesuré par "Une épreuve obligatoire (...) créée au brevet des collèges, afin de sanctionner les connaissances acquises dans le domaine de l’histoire des arts par l’ensemble d’une génération au terme de la scolarité obligatoire".

Les mesures annoncées, quant-à elles, reprennent, pour l'essentiel, le Plan de relance de l'education artistique et culturelle de 2005. Il est question, notament, d'intégrer systématiquement un volet culturel au projet d'établissement des écoles, collèges et lycées, et de faire en sorte que toutes les structures culturelles subventionnées s'engagent dans des actions pédagogiques... comme si ce n'était pas déjà le cas dans la plupart d'entre elles. Il est également prévu de développer l'apprentissage de pratiques artistiques hors du temps scolaire: "Je demanderai à mes services, dans chaque région, de travailler avec les collectivités locales pour décupler, s'enthousiasme la Ministre de la culture, les capacités d’accueil d’élèves dans les écoles de musique, de danse et de théâtre." Une oeuvre de longue haleine, d'autant que quasiement rien n'est prévu pour la financer. "Les moyens ne sont pas à la hauteur des ambitions affichées", résume un conseiller de la ministre.

Il n'y a donc qu'a travers la mise en place des nouveaux programmes d'enseignement artistique du primaire, en aout 2008, que ce plan a commencé à passer dans les actes. L'apprentissage de l'histoire de l'art et des pratiques y est sensiblement renforcé par rapport au passé. Cependant, entre la réduction du nombre des heures de cours et une formation spécifique promise, mais pas assurée, les instituteurs ont un peu de mal à suivre.