«
Peut-on cultiver les bébés ? » Conférence animée
par le Dr Edwige ANTIER, pédiatre (Samedi 14 Juin - Dans le cadre
du festival Escapades à Paris):
Cette question, on peut s’en douter,
appelle une réponse positive. Aussi est-il nécessaire
de s’interroger davantage sur les bienfaits d’une pièce
de théâtre, d’un morceau de musique, ou d’une
visite au musée pour un très jeune enfant. Qu’est-ce
la culture apporte aux tout petits ?
La migration neuronale
Edwige Antier compare le crâne
encore non ossifié du bébé à « une
tulipe qui s’ouvre ». Au bout de quelques mois le cerveau,
« chef d’orchestre du développement du fœtus
» se met en place. Les cellules nerveuses se multiplient dans
le tube neuronal jusqu’aux environs de la vingtième semaine
et se connectent en réseau, une sorte de trame sur laquelle les
influences extérieures vont broder : c’est la migration
neuronale. C’est durant cette période que les sens commencent
à s’aiguiser : par exemple la future mère mange
un poulet au curry, le parfum de l’épice est ressenti par
le futur bébé qui peut ainsi développer une sensibilité
gustative. De même, le fœtus reconnaît l’état
de bien être et s’en souvient. Ainsi, certaines futures
mères se détendent devant la télévision
le soir, en regardant des feuilletons. Des études ont prouvés
que les enfants, bien plus tard, étaient, à l’instar
de leur mère, calmés par le générique de
ces mêmes séries télévisées !
L’importance de l’environnement
Pour le bébé, l’Environnement
avec un grand E, c’est bien entendu la mère. Mais tout
en restant auprès d’elle, sur ses genoux, il peut se constituer
peu à peu une base de vécu affectif sans laquelle les
apprentissages ne sont pas possibles. Par exemple, emmener un jeune
enfant au cirque relève de la construction de cette base.
Les fonctions sensorielles sont primordiales : c’est pourquoi
il est aussi conseillé à la mère de retrouver sa
part d’enfance. Si la mère rit en voyant un clown de cirque,
l’enfant verra sa mère éprouver une certaine forme
de détente et se sentira davantage en confiance : il pourra aussi
rire à son tour. L’émotion est une expérience
belle et nécessaire pour un petit être.
Un travail à faire avec les
cinq sens
Edwige Antier passe en revue les cinq
sens du bébé, sens qu’il est donc nécessaire
de stimuler afin de réveiller les émotions.
• La vue : la vue est ramenée
au Visage de la mère. Au départ, le sourire de la mère
est le plus beau des paysages pour un bébé. Après,
l’émotion pourra venir de l’extérieur (au
moment où Edwige Antier traite le sens de la vue, un tout jeune
bébé, fasciné, regarde fixement une petite fille
elle aussi installée sur les genoux de sa mère. Eclats
de rire dans la salle.)
• L’ouïe : le bébé possède une
reconnaissance parfaite de la voix de sa mère.
• Le toucher : le portage va conditionner la perception de ce
sens. Plus la mère prend son enfant dans ses bras, le berce et
le câline, plus le bébé aura le « sens du
corps ».
• L’odorat : comme pour l’ouïe, le bébé
a une reconnaissance parfaite de l’odeur de sa mère.
• Le goût : à la naissance, le bébé
dispose de plus de papilles gustatives qu’un adulte et va sélectionner,
au fur et à mesure, ses « papilles utiles ». D’où
l’importance de diversifier l’alimentation de la mère,
et ne surtout pas, précise Edwige Antier, « tomber dans
des régimes stupides »…
En somme, peut-on cultiver les
bébés ? Bien entendu, c’est conseillé. On
emmène bien les enfants au spectacle. Et les bébés
?
Les parents ne devraient pas hésiter : il existe aujourd’hui
toute une mouvance dans les domaines de la danse, du théâtre
et de la musique qui destine ses créations artistiques aux tout
petits. Afin que ces derniers puissent enrichir leur courte expérience
de toutes les émotions possibles, se nourrir de sensations nouvelles,
et bâtir peu à peu leur jardin secret, un imaginaire qui
n’appartient qu’à eux.
Propos recueillis par Maud Serpin