11H00 Je
Cheminerai Toujours - Léa Dant - Théâtre du Voyage
Intérieur (création)
En compagnie de 19 autres privilégiés, nous nous engageons
dans la pénombre des anciens frigos, guidés par un comédien
lumineux. Notre parcours nous fait croiser, presque frôler, des
personnages qui nous dévoilent leur intimité, s’ouvrent
le cœur en deux devant nous avec des paroles bouleversantes. Avec
nos dix-neuf compagnons, on se tient la main puis on se serre sous une
toile plastique. Un vrai voyage sensoriel, tout en profondeur, dans
les labyrinthes de la vie. Quand la porte des frigos s’ouvre pour
nous libérer, les jambes sont flageolantes. Il faut dire qu’on
a parcouru un sacré chemin.
A partir de textes intégralement issus de réponses véridiques,
parfois raccourcies mais jamais modifiées, à la question
« quel événement a changé votre vie ?
», cette compagnie nous a concocté un spectacle magnifique
de sensibilité et de délicatesse.
12H30 La
Cabane de Chantier
Nous sommes tout juste sortis, encore émus, mais il faut déjà
penser à l’après-midi car nous ne voulons pas en
perdre une miette. En parlant de miette, on mangerait bien un morceau.
C’est à la cabane de chantier que cela se passe. Nous entrons
et nos yeux sont attirés par des objets bariolés et suspendus,
des décorations faites à partir de matériaux de
chantier. C’est le collectif « Hirsute » qui est responsable
de cette réussite : ils ont créé un espace provisoire
où l’on aime rester… nous passons au repas et nous
constatons que c’est bon, pas cher et servi tranquillement avec
le sourire. Amandine nous soigne aux petits oignons, ça sent
la soupe et le vin chaud, qu’on paie avec des braises…
Nous avalons un café et tournons nos yeux vers l’extérieur
où nos oreilles ont déjà perçu de l’activité.
C’est la fanfare tzigane Picikato Brass Band
qui enflamme la cour des abattoirs au milieu des flocons.
14H00 Le
Passager
Nous nous levons pour les suivre car c’est bientôt Pep
Bou et la fanfare se dirige vers l’entrée du théâtre.
Nous leur emboîtons le pas à l’intérieur où
de nombreux spectateurs attendent déjà devant la salle
de spectacle, dans un bar. Qu’est-ce que c’est beau là
dedans ! : une architecture de métal, de bois et de cuir…qui
évoque les magic mirrors, les bals couverts, les kiosques…un
vrai chef d’œuvre pensé par François
Delarozière, concepteur de décors et machineries
connu surtout pour ses folles inventions au service de Royal de Luxe…
14H30 Ambrossia
- Pep Bou
Nous sommes installés confortablement. Ca commence. Pep Bou,
c’est une heure trente de rire et d’étonnement en
compagnie de ces 2 poètes en bulles de savons…Un spectacle
qui émerveille autant les parents que les tout petits…
16H00 La
promenade.
Nous sortons. Il fait froid mais, dans la cour, on commence à
embraser de grands tubes grillagés de deux mètres remplis
de charbon. Des bancs – radiateurs, tous différents, y
sont reliés et les visiteurs, ravis et curieux, passent de l’un
à l’autre pour se réchauffer. Nous faisons le test
puis nous continuons notre visite des lieux en nous dirigeant vers la
grande halle qui sert de stockage à la compagnie Carabosse
…elle aussi est scénographiée, ainsi, nous déambulons
dans un labyrinthe composé de centaine de sacs de charbon, de
palettes de pots de fleurs, de réserves de cires pendues au plafond,
éclairés par des lustres d’ampoule à pétrole…puis
nous changeons d’entrepôts pour assister aux préparatifs
de la Symphonie Mécanique qui se jouera uniquement
le 31. Ca soude, ça découpe et ça s’active
autour de tubes métalliques, de machines bizarres pour une symphonie
industrielle qui ne manquera certainement pas d’originalité.
Nous poursuivons. Retour aux Univers Sensibles d’Antonio
Catalano avec une visite dans les pavillons des merveilles. Il s’agit
de véritables musées ambulants peuplés d’objets
farfelus qui nous sont présentés comme les témoins
de mondes tout droits issus de l’imagination de ce touche à
tout de génie.
18H00 Kapouchnik
de l’année 2005 – Théâtre de l’Unité
Rendez-vous pour une revue de presse de l’actualité locale
sur l’année 2005, passée à la moulinette
du regard loufoque et poétique du Théâtre
de l’Unité.
19H00
Retour dans la cour où le jour s’est effacé, pour
laisser la place à une féerie de lumières et de
flammes concoctée par la compagnie Carabosse.
Les bancs chauffants, c’était déjà eux et
c’était bien, mais là, c’est vraiment impressionnant.
Trois gigantesques boules de feux composées d’une centaine
de pots illuminés marquent l’entrée de la cour,
un ciel d’ampoules lumineuses est en suspension au-dessus de nos
têtes et des cendres s’échappent des grands braseros
rougeoyants allumés dans l’après-midi et répartis
dans la cour.
19H30 Depuis
l’orchestre, le souffle de K - Alexandre Haslé - Compagnie
Les Lendemains de la veille (Création)
Nous assistons aux toutes premières représentations de
Depuis l’Orchestre…On se plonge dans un
univers peuplé de marionnettes inquiétantes, d’êtres
étranges et masqués. Cela raconte l’ultime voyage
de Kakfa vers le sanatorium de Kierling, l’endroit où il
trouvera la mort… un voyage onirique servi par le texte absolument
somptueux de Daniel Keene…
21h00
Nous repassons une dernière fois à la cabane de chantier
pour prolonger ce moment avec un verre de vin chaud. Comme beaucoup,
nous devons avoir un sourire un peu béat après une journée
remplie en bloc de rêves, d’émotion, de beauté
et de générosité… Les Feux d’Hiver,
ça réchauffe pour plusieurs jours.
***
Faire Feu de tout Bois
Depuis 1991, sous la houlette de Francis Peduzzi,
le Channel ne cesse d’imaginer de nouvelles façons de s’adresser
au public.
En 2001, c’était la Soupe Populaire
La Plus Poétique (dans le cadre des feux d’hiver),
le Théâtre de l’Unité allant à
la rencontre des habitants pour échanger des poèmes récités
contre des légumes pour la soupe du 31 décembre. Les élus
épluchaient les légumes tandis que les réfugiés
de Sangatte prenaient part au repas.
Et les années paires, c’est Jour de Fête
qui prend le relais en septembre. Des artistes jettent leur dévolu
sur une rue choisie au hasard et décident d’en faire une
« rue extraordinaire » avec à la
clef des repas de quartiers, des spectacles de rue, des rencontres insolites…
Le Channel mène aussi une programmation et des actions tout au
long de l’année, notamment, auprès du public scolaire,
des populations en grande précarité...
Francis Peduzzi est un directeur de Scène Nationale
qui conçoit réellement la culture comme un acte citoyen,
convivial, populaire…
« une de nos missions essentielles serait de faire
vivre ses mots : l’art de présenter l’art. »
Pour cela il aime s’entourer d’artistes exigeants et soucieux
de s’adresser au plus grand nombre (Théâtre de l’Unité,
Royal de Luxe et François Delarozière, Les Cousins, Johann
Le Guillerm etc…) et les invite à inventer du rêve
en se servant de la ville comme page blanche…
Cette année, les feux d’hiver se sont
déroulés dans un contexte un peu particulier… En
effet, de grands chantiers débuteront dès la fin du rendez
vous…Cependant, la programmation continue pendant les travaux…
le principe : ne pas présenter de spectacles hors les murs…mais
faire du chantier un acte artistique et culturel… Ainsi, la cabane
de chantier sera transformée en salle de spectacle destinée
à des formes légères et le programme sera dévoilé
chaque premier mardi du mois.
Pendant ce temps, se déroulera la rénovation des abattoirs…des
travaux qui devront se terminer en 2007 : nouveau lieu d’accueil,
nouvelles salles de spectacle, salles de répétitions,
école de cirque, librairie, espace d’expositions, résidences
d’artistes, chapiteau couvert…Ainsi le château d’eau
deviendra belvédère et les salles d’abattages transformées
en restaurants et bureaux…Ce gigantesque réaménagement
architectural sera mené par François Delarozière
et Patrick Bouchain…
Parions sur de nouvelles et inédites aventures
artistiques qui marqueront encore demain l’histoire de la ville
et de la région !
My-Linh BUI, Jean-François HENNION, ©www.theatre-enfants.com,
décembre 2005