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Rencontre avec Antonio Catalano, inventeur d’univers sensibles…

Du 30 mai au 5 juin, Antonio Catalano sera invité d’honneur de la BIAM 2005, au Parc de La Villette, Paris

 
 

Les sirènes d'Evora

Les Pavillon des Merveilles à Lisbonne

Le pavillon des rêveurs

La bible des simples

Foire du merveilleux monde d’Odisseo

Antonio Catalano

 

Photos :
© Maurizio Agostinetto

 

J’ai eu l’occasion de découvrir son travail lors du festival Percusos au Portugal… (lire reportage mis en ligne en octobre 2004 >>>)

Artiste renommé en Italie et touche-à-tout de génie, Antonio Catalano avait pu laisser libre cours à son talent à Evora et à Lisbonne. Cet inventeur d’univers sensibles avait réussi à insuffler une joyeuse ambiance de fête de village dans les rues des deux cités. Sur une place d’Evora, ville située à l’intérieur des terres, il avait mis en scène une « Foire du merveilleux monde d’Odisseo» dévoilant la face cachée du Voyage d’Ulysse dans un village de stand forains animés par des artistes de la ville. Parmi de magnifiques portraits de sirènes dont le visage rappellent étrangement celui de certains pensionnaires de maison de retraite, des livres géants en bois, des cartographies étranges, on découvrait un trésor d’objets et de musique liés aux différents épisodes de l’épopée antique : le contenu des bagages d’Ulysse, de la terre provenant de différentes contrées, victuailles et musique…

A Lisbonne, le poète italien, également acteur, musicien et plasticien, s’était évertué à faire tomber les barrières entre le créateur et son public. Ses Pavillons des Merveilles installés au Centre culturel de Belèm, consistaient en un village de toile multicolore où des acteurs invitaient le public à découvrir des univers singuliers. Dans cet hommage aux parcs d’attraction féeriques du XIXe siècle, sept pavillons déclinaient une approche poétique du monde. Dans le Pavillon des rêveurs, on pouvait poser la tête sur un oreiller pour entendre une voix nous chuchoter ses rêves, dans le suivant on découvrait un « cimetière » de feuilles mortes soigneusement étiquetées avec un texte sur l’histoire de leur chute. Au Pavillon du Cirque Stork, on pouvait jouer à la Piste aux étoiles avec des acrobates en fil de fer et en bois flottés, tandis que plus loin on pouvait visiter (et toucher !) le laboratoire d’un magicien. On découvrait encore les us et coutumes de l’improbable peuple de Ba. Images et objets, merveilles d’art brut, véhiculaient une poésie immédiate. Au milieu des pavillons, la musique du Bigodes Band jouant Nino Rota entraînait le public dans la danse…

En février dernier, je suis allé voir en compagnie d’Orianne Charpentier sa nouvelle création : La Bible des Simples au Piccolo Teatro Studio de Milan…
Il s’agit d’un manège de bois, grandeur nature…
Au plafond sont suspendues des passoires, laissant passer une douce lumière…
Antonio accueille le public au son d’un petit accordéon…
Puis il invite quelques enfants à faire tourner le manège…
On s’arrêtera successivement sur un de ses 6 côtés, chacun étant dédié à un « émerveillé »
Ainsi Krk, c’est son prénom ( !) collectionne les flocons de neige, Girolamo est émerveillé par l’eau qui coule, Eglé par les petits sentiments, Pitu a créé un petit musée de feuilles (celles qui sont tombées, celles qui ne veulent pas tomber, celles qui jouent l’équilibriste…), il est aussi fasciné par le silence (sa mère aimait entendre le son d’un craquement de noix et le silence qui le suivait) et Luis qui s’extasie devant les langages du monde, collectionne des alphabets perdus…
Avec sa belle présence lunaire, Antonio raconte des histoires, joue du bombardon, chante de petites comptines, parfois il fait participer les enfants qui peuvent manipuler de drôles de machines ou jouer une scénette, il a un contact simple avec eux, une facilité d’improvisation incroyable…
A la fin du spectacle, le public monte sur le manège, là, il peut jouer avec certains objets du spectacle, admirer de près les collections de ce musée sentimental ou choisir de feuilleter un des 365 livres dispersés dans de petites bibliothèques qui contiennent chacun une toile peinte avec une petite pensée …
Partout où le regard se pose, il y a de la beauté, de la poésie, de l’humanité, de l’enfance…
Son univers esthétique rappelle l’art brut…les matériaux sont faits de bois flotté, de feuilles, de branches de vigne, de pierres, de noix…les toiles naïves et colorées d’Antonio nous entourent…
Cet artiste d’une immense générosité réveille notre capacité à s’émerveiller de choses simples…
Une expérience inoubliable…quelque chose à garder au fond se soi, un trésor…
« L’important pour moi, c’est de fabriquer des malades de merveilles, des émerveillés… » dit Antonio Catalano
Ainsi au début de la représentation il demande à un enfant du public « que vois tu au plafond ? »
L’enfant répond : « des passoires !! »
A la fin du spectacle, il lui repose la même question et l’enfant répond : « des étoiles ! »

***


Après la représentation, nous étions invitées à la Casa degli Alfieri
Une vaste bâtisse posée sur une colline du Monferrato (province d’Asti) où pousse la vigne…
Un havre de paix après l’agitation milanaise…
Ce centre de création et d’habitation, il le partage avec Maurizio Agostinetto, décorateur et graphiste complice de toutes les aventures, Lorenza Zambon, actrice et auteur, et Luciano Nattino, auteur et metteur en scène.

Rencontre avec Antonio Catalano :

Comment essayer de définir ton art ? Comment es tu passé de la scène à la matière ?
C’est l’art de l’escargot : C’est un art de la lenteur pas de l’exécution…un art portatif, on emmène tout ce que l’on a avec soi…

Je travaille sur l’enfance avec l’enfance… La jeunesse est un don que même les jeunes peuvent avoir ...dans l’enfance, j’aime l’âge du regard…

Mes spectacles mêlent art plastique (sculpture, peinture, détournement d’objets…), théâtre, musique, poésie, convivialité, ils sont différents selon chaque endroit où ils sont joués, ils sont en évolution constante…à chaque fois, j’investis un lieu et fais participer la population…le public fait partie du spectacle …J’aime qu’il ne sache plus où se situe le théâtre là dedans, d’ailleurs, je vais sur scène avec mes habits de tous les jours… J’aime l’improvisation… les répétitions, c’est la guillotine de la liberté!
On vit une époque où les artistes sont « découpés en morceau », classés par catégorie (poète, peintre, sculpteur, acteurs) Pourtant le public qui fait la démarche d’aller voir une œuvre d’art cherche à percevoir le monde à travers les yeux de quelqu’un…il ne se soucie pas de sa spécialité…


Quel est ton parcours ?
Après une présence de 34 ans dans le théâtre italien qu’on pourrait résumer en 4 phases : théâtre de rue, pantomime, théâtre officiel…j’avais envie d’un retour vers un théâtre de la rencontre…
Le déclic s’est fait dans une chambre d’hôtel, j’étais en tournée, complètement seul …je me suis assis sur la cuvette des wc et me suis mis à lire les instructions du shampoing…
Quand tu arrives à un tel moment de solitude, il y a 2 solutions, soit tu te réveilles, soit tu te mets à faire de la TV !

Ce qui est important c’est de se poser la question : est ce nécessaire de faire ce travail ou non ? Quelle est l’utilité du théâtre ? Est-ce important ce que je suis entrain de faire ?

D’où vient ce besoin de reconstruire des univers ?
Cela peut paraître prétentieux mais ce n’est pas ça…Si tu le fais en te prenant au sérieux, tu te mets au même niveau que dieu…si tu le fais comme un jeu, c’est un amusement, un divertissement…
Tu imagines, si dieu s’était amusé en créant le monde ???
Les univers que j’invente, sont en effet, des contre propositions, pourtant ils permettent aussi de regarder avec d’autres yeux le vrai monde…pour ne plus avoir peur…


Quelles sont tes influences ?
Je pourrais citer Toto, le Living Theatre, Grotowski…mais en vérité, mes grands maîtres, ce sont : mon fils Paolo qui a 2 ans et Fernando, 98 ans que j’ai rencontré à Lisbonne …
Ils n’ont rien besoin de démontrer, ils sont juste là…
Avec Fernando, on ne parle pas de philosophie, on mange un gâteau, il aime le chocolat, il est lent comme un escargot, pour dessiner une table, cela lui prend 15 jours, c’est une grande méditation, il se fait pipi dessus, il pleure quand je pars…Fernando a besoin de rester avec moi et moi avec lui…
Paolino, regarde le monde avec des yeux étonnés, il a la capacité de s’arrêter sur un petit détail de la vie, avec lui j’explore des langages différents…Voilà pourquoi ils sont mes grands maîtres…

Propos recueillis par My-Linh BUI
©www.theatre-enfants.com, mai 2005.

***

Du 30 mai au 5 juin, vous pourrez découvrir une grande partie des Univers sensibles d’Antonio Catalano qui sera invité d’honneur de la BIAM 2005 : vous y trouverez la Foire du merveilleux monde d’Odisseo , Les pavillons des merveilles, La bible des simples mais aussi :

Les armoires sensibles
Armoires en bois visitables par un seul spectateur, comme des portes
ouvertes sur des mondes imaginaires où chacun peut se perdre ou se trouver,
laisser ses propres traces.
Lucioles palpitantes
Dix lucioles en forme de flippers primitifs, dédiés aux grands artistes du XIXe,
que les visiteurs sont invités à écouter et faire palpiter.
Le peuple de l’automne
Des silhouettes en marche, carcasses de bois trapues, allongées ou basses,
autant de corps dévoilés dans leur intimité, leur histoire.
Les voiliers de bois
Des bateaux fantastiques en bois qui sillonnent le ciel poussés par un vent
mystérieux. Ou comment soudain, l’environnement se fait brise marine.

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Infos pratiques /pour en savoir plus :

- voir agenda theatre-enfants >>>

- lire aussi l'article d'Orianne Charpentier >>>

- site le BIAM 2005 >>>


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