J’ai eu l’occasion de découvrir
son travail lors du festival Percusos
au Portugal… (lire
reportage mis en ligne en octobre 2004 >>>)
Artiste renommé en Italie et touche-à-tout
de génie, Antonio Catalano avait pu laisser libre cours à
son talent à Evora et à Lisbonne. Cet inventeur d’univers
sensibles avait réussi à insuffler une joyeuse ambiance
de fête de village dans les rues des deux cités. Sur une
place d’Evora, ville située à l’intérieur
des terres, il avait mis en scène une «
Foire du merveilleux monde d’Odisseo» dévoilant
la face cachée du Voyage d’Ulysse dans un village de stand
forains animés par des artistes de la ville. Parmi de magnifiques
portraits de sirènes dont le visage rappellent étrangement
celui de certains pensionnaires de maison de retraite, des livres géants
en bois, des cartographies étranges, on découvrait un
trésor d’objets et de musique liés aux différents
épisodes de l’épopée antique : le contenu
des bagages d’Ulysse, de la terre provenant de différentes
contrées, victuailles et musique…
A Lisbonne, le poète italien,
également acteur, musicien et plasticien, s’était
évertué à faire tomber les barrières entre
le créateur et son public. Ses Pavillons
des Merveilles installés au Centre culturel de Belèm,
consistaient en un village de toile multicolore où des acteurs
invitaient le public à découvrir des univers singuliers.
Dans cet hommage aux parcs d’attraction féeriques du XIXe
siècle, sept pavillons déclinaient une approche poétique
du monde. Dans le Pavillon des rêveurs,
on pouvait poser la tête sur un oreiller pour entendre une voix
nous chuchoter ses rêves, dans le suivant on découvrait
un « cimetière » de feuilles mortes soigneusement
étiquetées avec un texte sur l’histoire de leur
chute. Au Pavillon du Cirque Stork, on pouvait
jouer à la Piste aux étoiles avec des acrobates en fil
de fer et en bois flottés, tandis que plus loin on pouvait visiter
(et toucher !) le laboratoire d’un magicien. On découvrait
encore les us et coutumes de l’improbable peuple de Ba. Images
et objets, merveilles d’art brut, véhiculaient une poésie
immédiate. Au milieu des pavillons, la musique du Bigodes
Band jouant Nino Rota entraînait le public dans la danse…
En février dernier, je suis allé
voir en compagnie d’Orianne Charpentier sa nouvelle création
: La Bible des Simples au Piccolo Teatro
Studio de Milan…
Il s’agit d’un manège de bois, grandeur nature…
Au plafond sont suspendues des passoires, laissant passer une douce
lumière…
Antonio accueille le public au son d’un petit accordéon…
Puis il invite quelques enfants à faire tourner le manège…
On s’arrêtera successivement sur un de ses 6 côtés,
chacun étant dédié à un « émerveillé
»
Ainsi Krk, c’est son prénom ( !) collectionne les flocons
de neige, Girolamo est émerveillé par l’eau qui
coule, Eglé par les petits sentiments, Pitu a créé
un petit musée de feuilles (celles qui sont tombées, celles
qui ne veulent pas tomber, celles qui jouent l’équilibriste…),
il est aussi fasciné par le silence (sa mère aimait entendre
le son d’un craquement de noix et le silence qui le suivait) et
Luis qui s’extasie devant les langages du monde, collectionne
des alphabets perdus…
Avec sa belle présence lunaire, Antonio raconte des histoires,
joue du bombardon, chante de petites comptines, parfois il fait participer
les enfants qui peuvent manipuler de drôles de machines ou jouer
une scénette, il a un contact simple avec eux, une facilité
d’improvisation incroyable…
A la fin du spectacle, le public monte sur le manège, là,
il peut jouer avec certains objets du spectacle, admirer de près
les collections de ce musée sentimental ou choisir de feuilleter
un des 365 livres dispersés dans de petites bibliothèques
qui contiennent chacun une toile peinte avec une petite pensée
…
Partout où le regard se pose, il y a de la beauté, de
la poésie, de l’humanité, de l’enfance…
Son univers esthétique rappelle l’art brut…les matériaux
sont faits de bois flotté, de feuilles, de branches de vigne,
de pierres, de noix…les toiles naïves et colorées
d’Antonio nous entourent…
Cet artiste d’une immense générosité réveille
notre capacité à s’émerveiller de choses
simples…
Une expérience inoubliable…quelque chose à garder
au fond se soi, un trésor…
« L’important pour moi, c’est de fabriquer des
malades de merveilles, des émerveillés… »
dit Antonio Catalano
Ainsi au début de la représentation il demande à
un enfant du public « que vois tu au plafond ? »
L’enfant répond : « des passoires !! »
A la fin du spectacle, il lui repose la même question et l’enfant
répond : « des étoiles ! »
***
Après la représentation, nous étions invitées
à la Casa degli Alfieri
Une vaste bâtisse posée sur une colline du Monferrato (province
d’Asti) où pousse la vigne…
Un havre de paix après l’agitation milanaise…
Ce centre de création et d’habitation, il le partage avec
Maurizio Agostinetto, décorateur et graphiste complice de toutes
les aventures, Lorenza Zambon, actrice et auteur, et Luciano Nattino,
auteur et metteur en scène.
Rencontre avec Antonio Catalano
:
Comment essayer
de définir ton art ? Comment es tu passé de la scène
à la matière ?
C’est l’art de l’escargot : C’est un art de
la lenteur pas de l’exécution…un art portatif, on
emmène tout ce que l’on a avec soi…
Je travaille sur l’enfance avec
l’enfance… La jeunesse est un don que même les jeunes
peuvent avoir ...dans l’enfance, j’aime l’âge
du regard…
Mes spectacles mêlent art plastique
(sculpture, peinture, détournement d’objets…), théâtre,
musique, poésie, convivialité, ils sont différents
selon chaque endroit où ils sont joués, ils sont en évolution
constante…à chaque fois, j’investis un lieu et fais
participer la population…le public fait partie du spectacle …J’aime
qu’il ne sache plus où se situe le théâtre
là dedans, d’ailleurs, je vais sur scène avec mes
habits de tous les jours… J’aime l’improvisation…
les répétitions, c’est la guillotine de la liberté!
On vit une époque où les artistes sont « découpés
en morceau », classés par catégorie (poète,
peintre, sculpteur, acteurs) Pourtant le public qui fait la démarche
d’aller voir une œuvre d’art cherche à percevoir
le monde à travers les yeux de quelqu’un…il ne se
soucie pas de sa spécialité…
Quel est ton parcours ?
Après une présence de 34 ans dans le théâtre
italien qu’on pourrait résumer en 4 phases : théâtre
de rue, pantomime, théâtre officiel…j’avais
envie d’un retour vers un théâtre de la rencontre…
Le déclic s’est fait dans une chambre d’hôtel,
j’étais en tournée, complètement seul …je
me suis assis sur la cuvette des wc et me suis mis à lire les
instructions du shampoing…
Quand tu arrives à un tel moment de solitude, il y a 2 solutions,
soit tu te réveilles, soit tu te mets à faire de la TV
!
Ce qui est important c’est de se
poser la question : est ce nécessaire de faire ce travail ou
non ? Quelle est l’utilité du théâtre ? Est-ce
important ce que je suis entrain de faire ?
D’où
vient ce besoin de reconstruire des univers ?
Cela peut paraître prétentieux mais ce n’est pas
ça…Si tu le fais en te prenant au sérieux, tu te
mets au même niveau que dieu…si tu le fais comme un jeu,
c’est un amusement, un divertissement…
Tu imagines, si dieu s’était amusé en créant
le monde ???
Les univers que j’invente, sont en effet, des contre propositions,
pourtant ils permettent aussi de regarder avec d’autres yeux le
vrai monde…pour ne plus avoir peur…
Quelles sont tes influences ?
Je pourrais citer Toto, le Living Theatre, Grotowski…mais en vérité,
mes grands maîtres, ce sont : mon fils Paolo qui a 2 ans et Fernando,
98 ans que j’ai rencontré à Lisbonne …
Ils n’ont rien besoin de démontrer, ils sont juste là…
Avec Fernando, on ne parle pas de philosophie, on mange un gâteau,
il aime le chocolat, il est lent comme un escargot, pour dessiner une
table, cela lui prend 15 jours, c’est une grande méditation,
il se fait pipi dessus, il pleure quand je pars…Fernando a besoin
de rester avec moi et moi avec lui…
Paolino, regarde le monde avec des yeux étonnés, il a
la capacité de s’arrêter sur un petit détail
de la vie, avec lui j’explore des langages différents…Voilà
pourquoi ils sont mes grands maîtres…
Propos recueillis par My-Linh BUI
©www.theatre-enfants.com, mai 2005.
***
Du 30 mai au 5 juin, vous pourrez
découvrir une grande partie des Univers sensibles d’Antonio
Catalano qui sera invité d’honneur de la BIAM 2005 : vous
y trouverez la Foire du merveilleux monde d’Odisseo , Les pavillons
des merveilles, La bible des simples mais aussi :
Les armoires sensibles
Armoires en bois visitables par un seul spectateur, comme des portes
ouvertes sur des mondes imaginaires où chacun peut se perdre
ou se trouver,
laisser ses propres traces.
Lucioles palpitantes
Dix lucioles en forme de flippers primitifs, dédiés aux
grands artistes du XIXe,
que les visiteurs sont invités à écouter et faire
palpiter.
Le peuple de l’automne
Des silhouettes en marche, carcasses de bois trapues, allongées
ou basses,
autant de corps dévoilés dans leur intimité, leur
histoire.
Les voiliers de bois
Des bateaux fantastiques en bois qui sillonnent le ciel poussés
par un vent
mystérieux. Ou comment soudain, l’environnement se fait
brise marine.
***
Infos pratiques /pour en savoir
plus :
-
voir agenda theatre-enfants >>>
-
lire aussi l'article d'Orianne Charpentier >>>
-
site le BIAM 2005 >>>

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