Conférence présentée
par le Théâtre de la Marionnette de Paris avec Isabelle
Bertola et Lucile Bodson, le 4 mars 2003 au Samovar de Bagnolet.
Sur l’initiative de Lucile
Bodson, sa directrice, le Théâtre de la Marionnette est
né, en 1992, d’un festival international du genre. Aujourd’hui
c’est un lieu de programmation permanente. Le Théâtre
de La Marionnette de Paris possède ses bureaux et un centre de
documentation (accessible sur rendez-vous). Ne bénéficiant
pas à l’heure actuelle de son propre lieu de représentation,
sa programmation est répartie dans plusieurs théâtres
de Paris et sa banlieue. L’objectif actuel est de défendre
la marionnette contemporaine et de jeunes compagnies en élargissant
notamment à un public d’adultes. Fin mai, le Théâtre
de la Marionnette à Paris organise la deuxième édition
de « la Biennale Internationale des Arts de la Marionnette »
qui regroupera, au parc de la Villette plus d’une vingtaine de
compagnies internationales. Ce festival est une réelle opportunité
pour faire connaître du grand public les formes les plus contemporaines
du spectacle de marionnettes.
Les formes traditionnelles revisitées
dans les créations contemporaines
La Marionnette à gaine
est l’une des plus anciennes formes
du spectacle de marionnettes.
En France, elle se développe à Lyon avec un personnage
emblématique : Guignol. Ce type de spectacle est en partie inspiré
par un esprit contestataire qui propose une critique politique et sociale,
au départ surtout présenté dans les cabarets. Aujourd’hui
avec ses personnages caricaturaux, tel Guignol le gentil et Gnafron
le méchant, et des intrigues simples abordant le thème
de la manipulation ; ce genre s’adresse en général
à un jeune public. Mais on peut malgré tout penser aux
« guignols de l’info » qui s’inscrivent encore
dans la tradition. (cf spectacles de la Cie Chignolo
de Marseille / cf spectacles de Pierre Blaise comme
Fantaisies et Bagatelles, dans lequel il travaille
sur le détournement de la gaine.)
La marionnette à gaine chinoise a la particularité d’avoir
des pieds. Elle évoque souvent de grandes épopées.
(cf spectacles de la Cie du Petit Miroir)
Le bunraku,
technique de manipulation d'origine japonaise, inspire beaucoup les
nouvelles créations actuelles. La manipulation d’une marionnette
nécessite plusieurs personnes et est très codifiée.
Le maître manipule la tête tandis que l’élève
manipule les pieds et les bras. L’art du Bunraku s’inspire
de récits traditionnels. C’est dans la maîtrise parfaite
de la marionnette que réside le côté le plus spectaculaire
de ce genre. Aujourd’hui si la technique fait référence,
on tente également de travailler sur des effets de surprise qui
peuvent être liés à l’histoire, aux matériaux
utilisés et /ou au mélange avec d’autres arts.
Le Théâtre d’ombres
prend ses origines en Turquie et en Grèce avec le personnage
de Karagöz. Traditionnellement cette technique est utilisée
pour évoquer des récits de villages qui mettent en scène
un personnage qui a sa propre philosophie de la vie. On pense par exemple
à un personnage tel que Polichinelle.
D’un point de vue technique, les marionnettes sont en cuir tanné,
parfois peint. Ce théâtre d’ombre se développe
également en Chine en reprenant de grands récits traditionnels.
Aujourd’hui les compagnies qui proposent des créations
de ce type travaillent en particulier sur des distances, des éclairages
et des volumes variables en fonction de l’écran et des
formes projetées. Les matériaux utilisés pour fabriquer
les écrans et les marionnettes sont de plus en plus originaux.
Par exemple les projections sur du papier froissé recréent
l’univers des Grottes de Lascaux (cf les spectacles de la Cie
Amoros et Augustin), les lampes et les marionnettes
sont manipulées devant et derrière l’écran,
la peinture et la vidéo sont intégrées au spectacle.
Les marionnettes
à fils sont une des techniques les plus connues du grand
public. On peut penser au personnage de Pierrot (manipulé par
Philippe Genty), qui finit par couper ses fils à
la fin du spectacle. Dans ce théâtre c’est souvent
la question de la manipulation qui est posée. Ainsi qui du manipulateur
ou de la marionnette est dépendant de l’autre ?
Le théâtre de papier s’est
développé à partir du XVIII è siècle,
notamment en Grande Bretagne dans les salons. Ces représentations
consistaient pour les hôtes à rejouer à leurs invités
la pièce vue grâce à des personnages en papiers
vendus à la sortie du spectacle. (cf les spectacles de Peter
Waschinsky et Patrick Conan)
Le théâtre
d’objet est basé principalement sur l’humour
et la dérision.
On trouve un type de spectacle où les objets gardent leur forme
initiale amenant à des jeux sur le double sens du langage, tels
des personnages faits avec des louches. (cf les spectacles de la Cie
Nada Théâtre dont le mythique Ubu
joué depuis 15 ans avec des légumes – cf les spectacles
de Damien Bouvet dont Clown sur tapis de
salon?- cf les spectacles de Christian Carrignon).
Un autre courant du théâtre d’objet consiste à
détourner les objets de leur fonction initiale. A partir de différents
objets on recrée un personnage imaginaire. (cf les spectacles
de la Cie Turak, Roland Shön
et ses marionnettes en bois, le Théâtre de la Licorne,
la Cie Royal De Luxe )
Le théâtre
sur table consiste à ce que le spectacle se déroule
non plus sur l’espace global de la scène mais sur une table.
(cf les spectacles de la Cie Handspring )
Les inclassables
de la scène contemporaine internationale
Aux Pays bas, Neville Tranter est seul sur scène
mais manipule 2 marionnettes et fait un troisième personnage
en même temps.
En Grande Bretagne, on a la Cie Faulty Optic.
En Géorgie, Rezo Gabriadze propose des spectacles
d’une grande maîtrise technique et esthétique, tels
que L’Automne de mon printemps.
En Argentine, la Cie El Periferico de objetos oriente
son travail autour de l’expression.
Les grandes tendances contemporaines
Le manipulateur ne se cache plus,
il prend place sur le devant de la scène au côté
de sa marionnette. Cela lui vaut d’être reconnu en tant
que comédien. Et effectivement le manipulateur prend de plus
en plus le rôle d’un personnage à part entière
dans les spectacles de marionnettes.
On assiste également à un travail de renouvellement des
rapports entre le manipulateur et sa marionnette. Pour certains les
rapports de tailles sont inversés (cf les spectacles de la Cie
Royal De Luxe dont Le petit géant),
pour d’autres le bras du manipulateur devient un prolongement
du corps de la marionnette (cf les spectacles de Massimo Shuster).
L’introduction d’autres arts tels que la peinture ou la
vidéo donne une nouvelle ampleur au théâtre de marionnettes
en lui donnant la dimension de spectacles visuels de grande envergure.
Enfin deux courants coexistent également avec des visions opposées
au sujet du rôle du manipulateur. Certains sont des adeptes de
l’idée plus traditionnelle que celui-ci doit aussi fabriquer
ses marionnettes, d’autres pensent que la fabrication doit être
réservée à des professionnels plasticiens.