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Comment finance-t-on la qualité Belge…

Inventif et exigeant, le théâtre jeune public Belge est pour le moins en très bonne forme, à tel point qu’être une troupe issue de Belgique est devenu un gage de qualité quasiment sûr. Nous avons rencontré Catherine Simon, membre de la Chambre des Théâtres pour l’Enfance et la Jeunesse ( la CTEJ ) ainsi qu’ancienne conseillère du Conseil des Théâtre pour l’Enfance et la Jeunesse ( le CTEJ), pour mieux comprendre le fonctionnement institutionnel du Théâtre Belge pour le jeune public.

La CTEJ tout d’abord est un des plus grands rassemblements de compagnies jeune public francophone, elle compte 50 membres ( dont le Tof Théâtre dont on peut lire la critique de leur dernier spectacle, Bistouri sur theatre-enfants.com ) aux spécialités, processus et aux moyens créatifs divers : théâtre, marionnettes, théâtre d’objets, organisation de stages de théâtre sur le terrain etc...
Une fois par mois la CTEJ et les compagnies membres se réunissent pour faire progresser leur réflexion quant aux moyens de favoriser l’épanouissement du théâtre jeune public, sur les manières de le promouvoir auprès du grand public et des professionnels. Une fois par an en décembre, la chambre organise aussi un festival, à Bruxelles, se nommant Noël au Théâtre, festival jeune public particulièrement réputé pour sa grande qualité. Une qualité qui s’explique par la provenance de ces spectacles : ils sont une sélection (pour la grande majorité) des plus remarquables spectacles du festival de Huy.

Le festival de Huy est un festival annuel exigé par le Conseil des Théâtres pour l’Enfance et la Jeunesse et par le ministère de la culture où toutes les compagnies Belges aspirant ou déjà bénéficiaires de subventions doivent présenter une création originale. Ce festival est avant tout organisé pour les professionnels bien qu’un spectateur curieux et bien informé (il y a peu de publicité autour de l’événement) puisse tout à fait y trouver sa place.
La totalité du théâtre jeune public Belge s’y retrouve pour tenter de renouveler son contrat avec le ministère de la culture ou de dégoter quelque agrément avec les grandes institutions, ainsi les vieux routards dont la réputation n’est plus à faire (Le Théâtre de Galafronie, Les ateliers de la Colline) y côtoient des débutants professionnels (la participation au festival se fait sur dossier, ainsi les adolescents, les étudiants et les amateurs ne peuvent se présenter).
Tous les spectacles sont vus par les membres du CTEJ qui se réunissent ensuite et soumettent des avis plus ou moins favorables, officiellement consultatifs mais néanmoins importants, au ministère de la culture sur l’attribution ou non des aides demandées.

Il faut savoir que le ministère de la culture compte aujourd’hui une douzaine de compagnies agrées et une douzaine de compagnies conventionnées.
Une compagnie agrée touche entre 25 000 et 50 000 euros de subventions pendant deux ans, si elle veut renouveler l’agrément, elle doit présenter chaque année une création, un travail jugé satisfaisant par le CTEJ au festival de Huy.
Les compagnies conventionnées, elles, ont plus d’ancienneté car elle doivent avoir préalablement été agréées. Si leur travail est jugé satisfaisant, elle peut proposer un contrat au CTEJ et au ministère de la culture qui sera valable 4 ans. La subvention jointe à la convention peut s’élever entre 55 000 et 320 000 euros. Les compagnies doivent s’en tenir à un cahier des charges qu’elles proposent elles même (par exemple 4 créations dans les 4 ans, 400 représentations dont 60 % en France, une masse salariale équivalente à 65 % de l’aide ), si toutefois les compagnies rencontrent des problèmes pour remplir le contrat, elle peuvent demander l’avis du Conseil qui se réunit 1 fois par mois et tâcher de trouver, ensemble, un compromis, une manière de s’en sortir. Il est évident que, si la compagnie s’endort sur ses lauriers le temps des 4 années de convention et qu’elle n’offre rien de bien satisfaisant, son contrat ne sera pas renouvelé.

Le festival de Huy ainsi que ce système de contrat oblige les compagnies à se soumettre à une certaine rigueur de travail ainsi qu’à une volonté de renouvellement constant. Le festival et le CTEJ permettent aussi un écrémage des compagnies, afin d’éviter le plus possible de financer le médiocre.

Ainsi chaque année, lors du Festival Noël au Théâtre, la CTEJ récolte les plus beaux fruits de Huy (parfois aussi les spectacles sujets à la polémique, qui laissent indécis) pour l’offrir au grand public ainsi qu’au professionnels. Contrairement à Avignon OFF, les spectacles sont choisis mais aussi aidés : la CTEJ finance jusqu’à 35 % du prix du spectacle, pourcentage variant en fonction des lieux. En outre, toujours contrairement au grand Avignon, les spectacles n’y sont pas noyés dans une foule de créations anonymes et douteuses ; de ce fait les compagnies sont presque assurées de s’y retrouver financièrement, y trouvant des acheteurs comme de nombreux spectateurs.

La qualité du théâtre Belge trouverait donc en partie sa source dans une sélection et un système de subvention des compagnies rigoureux... Dans un pays où le chômage est plafonné et ne peut dépasser 800 euros, il va de soi que ces aides sont particulièrement précieuses à la création et que ce sont les plus combatifs, les plus ingénieux, les plus créatifs, les artistes ayant le plus besoin de théâtre pour vivre plutôt que de vivre du théâtre qui parviennent à les toucher. On peut y voir la loi du plus fort, pourtant le CTEJ n’abandonne pas facilement les compagnies qu’il encourage et se montre toujours ouvert au dialogue, désamorçant cette vision d’une jungle sans pitié.

Force est de constater que le théâtre Belge est des plus créatifs et que les aides financières y fonctionnent comme expliquées ci-dessus, allez savoir l’intensité du lien entre les deux états de faits…

Mathieu Lecocq, juillet 2004