Entretien avec Marina Zinzius, chargée de mission théâtre et programmatrice pour la ville d’Argenteuil (95)
Marina
Zinzius est intervenue à double titre lors des Premières
Rencontres Européennes. A la naissance du projet, elle était chargée
de mission théâtre à l’ADIAM du Val d’Oise.
A ce titre, elle a contribué à la mise en place et à la
signature de la convention en 2001 entre le département, la ville et
Acta. Elle est depuis peu programmatrice du théâtre de la ville
d’Argenteuil.
Quel a été votre rôle dans la mise en place de ces premières rencontres ?
J’ai été très impliquée
dans les réunions de préparation et de réflexion qui ont
précédé ces Premières Rencontres Européennes
dans le cadre de ma fonction à l’ADIAM. J’ai assisté
à la création depuis le début. Puis j’ai quitté
mes fonctions en septembre 2003 pour devenir programmatrice au théâtre
de la ville d’Argenteuil qui n’est malheureusement pas partenaire
des Premières Rencontres cette année. C’est au nom de mon
investissement à l’origine du projet, qu’Agnès Desfosses
m’a demandé de tenir le rôle de modératrice des tables
rondes sur la situation de la petite enfance en Europe.
Ces Premières Rencontres m’intéressent aussi dans le cadre
de mes nouvelles fonctions. Pour l’instant, le théâtre de
la ville d’Argenteuil ne présente pas de spectacle pour les moins
de 3 ans alors que la demande est importante. Lors des représentations
tout-publics, les familles viennent au complet, notamment avec les plus petits
ce qui pose des problèmes quand les spectacles ne leur sont pas adaptés.
C’est intéressant que cette manifestation ne se limite pas à
l’accueil des crèches mais intègre la question de l’accueil
des familles.
Qu’attentez vous de ces deux journées ?
Je suis curieuse de savoir où en sont
nos collègues sur le plan européen. C’est passionnant de
découvrir les sensibilités culturelles des différents pays,
du nord et du sud de l’Europe. Nous ne sommes pas tous au même niveau.
Par exemple, les pays germaniques semblent mettre des barrières importantes.
En France, les artistes tournent beaucoup, ils sortent des structures des théâtres,
du cadre traditionnel. Ils vont dans les crèches, les bibliothèques.
En Allemagne, on ne sort pas du théâtre. Du coup, les artistes
ont beaucoup moins l’habitude des spectacles pluridisciplinaires puisque
le cadre est plus limité, en quelque sorte plus rigide.
Ces rencontres permettent ainsi de dresser un bilan pour chaque pays et de comparer
les situations des uns et des autres.
Cela dit je suis un peu frustrée. J’ai
l’impression que nous n’avons pas répondu à des questions
importantes sur l’organisation du secteur et le positionnement des artistes.
Concernant le partenariat, le problème est de savoir qui va prendre l’initiative
? Pour le moment tout va bien car c’est le début mais qui doit
piloter la suite ? A qui appartient la mission de continuer ces actions ? Au
monde de la petite enfance ou au monde artistique et culturel ? Acta joue le
jeu d’un partenariat ouvert pour cette première édition
mais la question cruciale sera de savoir qui va récupérer et développer
le projet ?
Pensez vous que des actions
en direction de la petite enfance puissent exister sans une action commune des
mondes de la petite enfance et de la culture ?
Le spectacle en direction de la petite enfance a besoin des deux. A terme, il
faudrait toujours un tandem : personnel de la petite enfance et personnel culturel
car ce public est très spécifique et les petits enfants ont besoin
d’être accompagnés. Il faudrait presque inventer une forme
nouvelle de collaboration, de co-organisation. Le partenariat tel qu’on
peut l’observer aujourd’hui peut donner naissance à un mouvement
mais ne peut encore permettre la constitution d’une structure pérenne.
Les questions d’organisation concrètes sont loin d’être
réglées.
Cela me rappelle un peu le témoignage de Joël Simon ce matin qui racontait que le festival Méli’môme avait un tel succès que les familles et le personnel de la petite enfance réclament des spectacles toute l’année. Il a dit que cela créait des frustrations.
Oui, la demande à la base s’amplifie au fur et à mesure des expériences et il peut devenir difficile de répondre à la demande. Nous ne devons pas générer de frustrations. La seule solution pour l’éviter est de généraliser la mission petite enfance en proposant plusieurs spectacles à l’année mais il n’en convient pas moins de réfléchir longuement aux modes d’organisation.
Recueilli par Sabine Revert