Spectateur enfant et adulte : qui accompagne qui ?
Peut-on parler de « spectateur » s’agissant des très jeunes enfants ? Sans doute ne peut-on répondre à cette question sans convenir au préalable d’une définition rigoureuse de ce qu’est un spectateur. Compte tenu du temps imparti, les échanges auxquels cette table ronde a donné lieu ne pouvaient probablement pas s’accorder le temps de cet effort fastidieux. Pourtant, l’essentiel des réflexions suscitées par l’intitulé du débat, « Qui accompagne qui ? », a semblé poser indirectement la question de l’autonomie de spectateurs aussi jeunes face aux spectacles.
Dès le tour de table introductif, qui a permis à chacun de se présenter, les témoignages et points de vue de plusieurs participants ont avancé des éléments concrets de discussion. Le premier d’entre eux a concerné l’encadrement des enfants par les accompagnateurs lors du spectacle. Souvent, il a été remarqué, les parents ont tendance à « censurer » leur enfant pour respecter le « protocole » du théâtre, qui oblige, pensent-ils, au silence et à une certaine réserve dans l’expression des émotions. Il n’est pas simple de « trouver sa place » pour les parents accompagnateurs. Tenus par leurs propres habitudes de spectateur ou par leur manque d’expérience (certains parents, n’allant jamais au théâtre, sont d’autant plus soucieux de respecter les règles ou l’idée qu’ils s’en font), se jugeant responsables du comportement de l’enfant, il est compréhensible qu’ils cèdent, parfois brutalement, à la crainte de « gêner les autres ».
Ce problème soulève la question plus générale, revenue en boucle tout au long de cette table ronde, de la transmission des codes de comportement face au spectacle. Si chacun convient de la nécessité d’imposer à l’enfant des limites, de ne pas autoriser les comportements qui perturbent le spectacle, les avis divergent sensiblement sur la transmission du « respect des codes et des convenances ». Attendre de l’enfant une attitude de spectateur, respectueux des artistes et de son environnement, soit, mais il faut aussi permettre à l’enfant d’exprimer son émotion. Fragile équilibre, car « aller au théâtre », pour certains, c’est pénétrer dans un cercle sacré, plus ou moins entouré d’une aura de mystère ; il faut donner aux enfants le sens de l’événement, de l’extra-ordinaire. Et cela implique une familiarisation avec les codes régissant le comportement attendu dans les lieux où sont montrés les spectacles.Autre question sur laquelle les participants ont longuement débattu : que s’agit-il de transmettre aux enfants par le biais du spectacle? Pour l’un des participants, cela tombe sous le sens : c’est le beau et le sensible. Les acteurs du spectacle dit « Jeune public » font un acte militant. Donner ou transmettre, il n’y pas lieu de jouer sur les mots, on reconnaît aux bons spectacles des vertus d’enrichissement, d’éveil, que ce soit à la sensibilité, à la créativité ou à la réflexion. En fin de compte, si la discussion n’aura pas permis d’apporter de réponses définitives à toutes les interrogations suscitées, on retiendra cependant, à la suite de Patricia Martinez, rapporteuse des débats, cette conclusion frappée au coin du bon sens : l’important, c’est avant tout de laisser les enfants prendre du plaisir.
Jason Germain