Pourquoi et comment développer des démarches partenariales entre artistes / théâtres / professionnels de la petite enfance ?
Conversation à bâtons rompus, autour d’une table prise d’assaut par des participants venus d’horizons les plus variés, et tous enthousiastes de pouvoir échanger sur le sens de leurs pratiques. A défaut de réponses définitives, prendre à cœur de poser les questions qui comptent. De quoi nourrir et approfondir le débat.
« Tellement de choses sont en train de naître grâce à ses Premières Rencontres !» se félicite d’abord une représentante de la CAF du 95 qui se dit déjà prête à renouveler l’expérience, ne serait-ce que pour apercevoir une nouvelle fois les parents sortir des spectacles avec les yeux émerveillés de leurs enfants. Cette année, le partenariat a notamment permis de faire venir des spectacles dans 2 foyers ruraux du Vexin…à intéresser aussi de nouveaux publics…
La variété des partenaires ? C’est une « riche obligation », si l’on en croit Marc Caillard de l’association « Enfance et musique » : « Nous sommes obligés de travailler tous milieux professionnels confondus car la culture autour du tout petit doit être partagée par tout ceux qui l’entourent. » Et Claude Magne directeur de la compagnie Robinson de mettre quand même un bémol aux propos enthousiastes du début : « Y en a quand même ras le bol de devoir sans arrêt justifier la soi-disant « utilité » des spectacles pour les tout-petits. Les premiers prétextes sont toujours l’éducation et le social. Mais pourquoi ne pas dire simplement que lorsqu’on est tous ensemble, il y a des vibrations qui passent et que nos regards s’illuminent sans limite d’âge et de compétence… ». Une manière forte d’identifier la spécificité de la création dédiée à la petite enfance ? Une éducatrice en PMI confirme : « Il faut effectivement toujours se justifier auprès des gestionnaires, c’est pesant, mais indispensable… »
Tout le monde autour de la table se dit que ce serait formidable et bien pratique si miraculeusement un rapport scientifique certifiait le caractère indispensable des spectacles pour la petite enfance… La question est alors posée par le directeur d’un festival hollandais, Fako Klugvik« Existe-t-il déjà des travaux de recherche qui puissent justifier du pourquoi ? ». Des réponses précisant l’état de ces travaux sont données par les différents intervenants européens, mais rien d’assez précieux pour dispenser les artistes d’affûter leurs arguments de persuasion…Toutefois Giacomo Scalisi du centre culturel de Belem, rapporte les résultats d’une étude américaine disant que le coût par citoyen chez les enfants fréquentant les lieux artistiques est inférieur à ceux qui ne les fréquentent pas. (l’étude cherchait à évaluer le coût d’un enfant de sa naissance à l’âge adulte. Selon elle, l’enfant qui a l’accès à l’art est plus équilibré et coûte moins cher qu’un autre citoyen...)
Pierre Oberto chef de projet en politique de la ville, exprime à son tour la difficulté de faire passer comme une priorité des projets culturels, qui plus est destinés à la petite enfance: « Cela devient parfois insolite d’obtenir de l’argent. Nous sommes toujours dans une démarche militante. Les actions concernant les plus jeunes et les personnes âgées deviennent du luxe. ».
Une psychomotricienne aborde l’autre versant de la difficulté. Elle insiste sur la nécessite de convaincre les professionnels de l’importance du travail de sensibilisation qui doit être mené en amont, auprès des adultes : « Les adultes ont du mal à se laisser aller émotionnellement pendant les spectacles, à quitter leur rôle de censeur. C’est pourquoi il est indispensable de les former, et de leur expliquer les enjeux de notre action. ».
Les remarques des uns et des autres fusent. Réflexion encore éclatée, mais comment pourrait-il en être autrement ? Ces types d'échanges sont encore tellement neufs ! La table ronde se conclut par le beau témoignage de Madalena Victorino, programmatrice du Centre Culturel de Belem à Lisbonne : « Nous n’avions pas envie d’organiser un festival comme les autres en invitant des compagnies étrangères avec leur spectacles. « Nous avons inventé un projet subventionné par l’Europe. Ce projet mélange tout le monde, les artistes, le public. Le projet s’appelle « parcours » c’est l’idée de la ville comme territoire artistique. L’idée était d’imaginer et de créer une relation nouvelle des habitants à leur ville dans certains endroits comme les maisons de retraite, les bars, les places… Faire tomber le liquide de l’art dans la terre pour faire fructifier l’art…L’art a perdu le rapport avec le public. Comment doit-il se rapprocher des gens ? Cette question était le centre de la réflexion de « parcours ». L’art ne doit plus être une question d’âge mais de curiosité. [ …] Cela révolutionne le point de vue du programmateur qui n’est plus en haut de sa tour d’Ivoire…il y a un réel partage avec l’artiste et le citoyen. Ces projets marchent quand il y a un véritable partenariat c’est à dire une écoute, une confiance et non une utilisation des uns et des autres. »
Stéphane Leca, programmateur de Louvres conclut avec humour… « si j’ai bien compris, l’état devrait donner plus de subvention à Acta, et les spectacles devraient être remboursés par la sécurité sociale !!!»Sabine Revert